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06 · L'Imerina et ses souverains

Les rois et reines de l'Imerina

Une dynastie des Hautes Terres qui, en trois siècles, passe d'une colline fortifiée à un royaume de toute l'île. Son histoire change de nature en chemin : longtemps tradition, elle devient archive.

1810, l’entrée dans l’écrit

Ce n’est pas un hasard si la frise change de couleur autour de 1810. Avant, les souverains ne nous sont connus que par le Tantara ny Andriana, la tradition compilée bien plus tard, statut récit. À partir de Radama Ier, qui adopte l’alphabet latin et accueille traités et missionnaires, le royaume produit et conserve ses propres documents, statut attesté. Le savoir ne devient pas plus vrai, il devient vérifiable.

La dynastie, règne après règne

Frise · dérivée des assertions datées
1540 – 1575 Andriamanelo (règne traditionnel ~1540-1575) est tenu pour le fondateur de la lignée merina ; on lui prête la lutte contre les Vazimba, premiers occupants des Hautes Terres. récit
1575 – 1612 Ralambo (~1575-1612) aurait donné son nom à l'« Imerina », levé la première armée permanente et institué le culte des sampy (talismans royaux). récit
1612 – 1630 Andrianjaka (~1612-1630) se serait emparé de la colline d'Analamanga pour y fonder Antananarivo (« la ville des mille ») et y établir le premier rova royal. récit
1675 – 1710 Andriamasinavalona (~1675-1710) aurait porté l'Imerina à son apogée, puis l'aurait partagé entre ses quatre fils, semant une division qui durera près de quatre-vingts ans. récit
1710 – 1787 De ~1710 à 1787, l'Imerina reste morcelé en quatre royaumes rivaux, avant sa réunification par Andrianampoinimerina. récit
1787 – 1810 Andrianampoinimerina (~1787-1810) réunifie l'Imerina et pose son ambition en formule restée célèbre : « la mer pour limite de ma rizière ». récit
1810 – 1828 Radama Ier (1810-1828) ouvre le royaume à l'extérieur : traité avec les Britanniques (1817), missionnaires de la London Missionary Society, et adoption de l'alphabet latin pour écrire le malgache. attesté
1828 – 1861 Ranavalona Ire (1828-1861) renverse la politique d'ouverture : elle expulse les missionnaires, persécute les convertis chrétiens et défend l'autonomie du royaume, tout en faisant industrialiser l'Imerina par Jean Laborde à Mantasoa. attesté
1828 – 1863 L'épreuve du tangena, ordalie judiciaire par le poison de la noix de Cerbera, jugeait l'accusé, souvent de sorcellerie : survivre valait innocence, mourir valait culpabilité. Devenue instrument de pouvoir sous Ranavalona Ire, elle fit de très nombreuses victimes avant son interdiction en 1863. attesté
1861 – 1863 Radama II (1861-1863) rouvre le royaume aux Européens et signe la controversée Charte Lambert, avant d'être renversé et assassiné après moins de deux ans de règne. attesté
1863 – 1868 Rasoherina (1863-1868) règne sous une monarchie devenue constitutionnelle de fait : le pouvoir glisse vers le Premier ministre, qu'elle épouse. attesté
1864 – 1895 Le Premier ministre Rainilaiarivony exerce le pouvoir réel de 1864 à 1895 : il épouse successivement les trois dernières reines et dirige l'État jusqu'à la conquête française. attesté
1868 – 1883 Ranavalona II (1868-1883) se convertit au christianisme et fait brûler les sampy, les talismans royaux, en 1869, faisant du protestantisme la religion de la cour. attesté
1883 – 1897 Ranavalona III (1883-1897), dernière souveraine, voit la France conquérir le royaume ; elle est déposée et exilée, d'abord à La Réunion puis à Alger, où elle meurt en 1917. attesté

Le registre

Chaque démarche scientifique apporte sa pièce, et son degré de certitude. La même histoire, vue par 1 familles de preuves.

histoire 15

ce que les textes et les traditions rapportent

Andriamanelo (règne traditionnel ~1540-1575) est tenu pour le fondateur de la lignée merina ; on lui prête la lutte contre les Vazimba, premiers occupants des Hautes Terres.
récit1540 – 1575Callet, F. (compil.) (1878)
Figure connue par la seule tradition ; les Vazimba eux-mêmes tiennent autant du peuple historique que de l'ancêtre mythifié.
Ralambo (~1575-1612) aurait donné son nom à l'« Imerina », levé la première armée permanente et institué le culte des sampy (talismans royaux).
récit1575 – 1612Callet, F. (compil.) (1878)
On lui attribue aussi l'introduction de la consommation du zébu, couche d'actes fondateurs typique des récits dynastiques.
Andrianjaka (~1612-1630) se serait emparé de la colline d'Analamanga pour y fonder Antananarivo (« la ville des mille ») et y établir le premier rova royal.
récit1612 – 1630Callet, F. (compil.) (1878)
Acte fondateur de la capitale ; la date et le détail reposent sur la tradition, mais le site du rova est, lui, bien réel.
Andriamasinavalona (~1675-1710) aurait porté l'Imerina à son apogée, puis l'aurait partagé entre ses quatre fils, semant une division qui durera près de quatre-vingts ans.
récit1675 – 1710Callet, F. (compil.) (1878)
Le partage entre héritiers, motif récurrent des traditions, sert à expliquer la fragmentation que la dynastie suivante aura à recoudre.
De ~1710 à 1787, l'Imerina reste morcelé en quatre royaumes rivaux, avant sa réunification par Andrianampoinimerina.
récit1710 – 1787Callet, F. (compil.) (1878)
Période connue surtout en creux, par la geste réunificatrice qui lui succède et qui avait tout intérêt à en noircir le souvenir.
Andrianampoinimerina (~1787-1810) réunifie l'Imerina et pose son ambition en formule restée célèbre : « la mer pour limite de ma rizière ».
récit1787 – 1810Callet, F. (compil.) (1878)
Charnière entre tradition et archive : on le connaît surtout par le Tantara ny Andriana, compilé un demi-siècle après sa mort, d'où le statut récit, malgré une réunification historiquement admise.
Radama Ier (1810-1828) ouvre le royaume à l'extérieur : traité avec les Britanniques (1817), missionnaires de la London Missionary Society, et adoption de l'alphabet latin pour écrire le malgache.
attesté1810 – 1828Ogot, B. A. (dir.), UNESCO
Son règne marque l'entrée de l'Imerina dans l'archive écrite : c'est exactement là que le statut de preuve bascule du récit à l'attesté.
Ranavalona Ire (1828-1861) renverse la politique d'ouverture : elle expulse les missionnaires, persécute les convertis chrétiens et défend l'autonomie du royaume, tout en faisant industrialiser l'Imerina par Jean Laborde à Mantasoa.
attesté1828 – 1861Ogot, B. A. (dir.), UNESCO
Règne de 33 ans, abondamment documenté par les sources européennes, souvent hostiles, à lire avec leur biais (cf Regards extérieurs).
L'épreuve du tangena, ordalie judiciaire par le poison de la noix de Cerbera, jugeait l'accusé, souvent de sorcellerie : survivre valait innocence, mourir valait culpabilité. Devenue instrument de pouvoir sous Ranavalona Ire, elle fit de très nombreuses victimes avant son interdiction en 1863.
Pratique ancienne (attestée dès le XVIe siècle), portée à son comble comme outil judiciaire et politique sous Ranavalona Ire. Les estimations de mortalité varient beaucoup et viennent de sources européennes souvent hostiles : Campbell avance jusqu'à ~100 000 morts pour la seule année 1838. La forte chute démographique du règne combine tangena, guerres, travail forcé et maladies, et ne saurait être imputée au seul poison.
Radama II (1861-1863) rouvre le royaume aux Européens et signe la controversée Charte Lambert, avant d'être renversé et assassiné après moins de deux ans de règne.
attesté1861 – 1863Ogot, B. A. (dir.), UNESCO
Sa mort ouvre l'ère où le pouvoir réel passe aux Premiers ministres.
Rasoherina (1863-1868) règne sous une monarchie devenue constitutionnelle de fait : le pouvoir glisse vers le Premier ministre, qu'elle épouse.
attesté1863 – 1868Ogot, B. A. (dir.), UNESCO
Première des trois reines successives mariées au même homme fort, Rainilaiarivony.
Le Premier ministre Rainilaiarivony exerce le pouvoir réel de 1864 à 1895 : il épouse successivement les trois dernières reines et dirige l'État jusqu'à la conquête française.
attesté1864 – 1895Ogot, B. A. (dir.), UNESCO
La monarchie de la fin est d'abord un gouvernement de Premier ministre, la couronne règne, lui gouverne.
Ranavalona II (1868-1883) se convertit au christianisme et fait brûler les sampy, les talismans royaux, en 1869, faisant du protestantisme la religion de la cour.
attesté1868 – 1883Ogot, B. A. (dir.), UNESCO
L'autodafé des sampy clôt symboliquement l'ordre religieux institué, dit-on, par Ralambo trois siècles plus tôt.
Ranavalona III (1883-1897), dernière souveraine, voit la France conquérir le royaume ; elle est déposée et exilée, d'abord à La Réunion puis à Alger, où elle meurt en 1917.
attesté1883 – 1897Ogot, B. A. (dir.), UNESCO
1897 clôt près de quatre siècles de royauté merina et ouvre la colonie française.
Tout ce qu'on sait des règnes antérieurs à 1810 vient du Tantara ny Andriana, vaste compilation des traditions merina rassemblée par le père Callet entre 1878 et 1881.
Recueilli un à trois siècles après les faits, à la cour d'une dynastie qui écrit sa propre légitimité, ce corpus (qui donne son nom à ce site) est depuis commenté et contesté par les historiens. C'est une source majeure, pas un procès-verbal.

Sources