Une dynastie des Hautes Terres qui, en trois siècles, passe d'une colline fortifiée à un royaume de toute l'île. Son histoire change de nature en chemin : longtemps tradition, elle devient archive.
Une colline, puis un royaume
La vue d’ensemble place ce royaume tard et à l’intérieur.
Vu de près, il commence comme toutes les dynasties, en disant contre qui.
Andriamanelo (règne traditionnel ~1540-1575) est tenu pour le fondateur de la lignée merina ; on lui prête la lutte contre les Vazimba, premiers occupants des Hautes Terres. récitCallet Mais ceux contre qui elle se fonde ne sont pas, eux, un
fait établi, et le site ne tranche pas.
La nature des Vazimba reste débattue : population humaine antérieure réellement distincte, ou catégorie de la tradition projetée sur le passé des Hautes Terres. daté-débattu
Un peuplement antérieur réel
Archéologie et génétique des Hautes Terres documentent des occupations anciennes et des lignées que la tradition rattache aux Vazimba : des populations installées avant l'essor des royaumes merina.
« Vazimba » désigne d'abord, dans la tradition, les ancêtres d'avant les royaumes ; l'idée d'un peuple premier ethniquement distinct doit autant à la reconstruction coloniale qu'à un souvenir historique.
Les deux règnes suivants ajoutent ce qui manque à un royaume pour en être un.
Ralambo (~1575-1612) aurait donné son nom à l'« Imerina », levé la première armée permanente et institué le culte des sampy (talismans royaux). récitCalletAndrianjaka (~1612-1630) se serait emparé de la colline d'Analamanga pour y fonder Antananarivo (« la ville des mille ») et y établir le premier rova royal. récitCallet
Un nom, une armée, un culte, une capitale. La tradition retient d’un commencement
exactement ce qu’il faut pour fonder une légitimité, et dans le bon ordre.
Le pays merina et ses collines sacrées, signalées en orange. La tradition en compte douze et les rattache aux épouses d'Andrianampoinimerina ; ce que la carte montre, ce sont des sommets nommés à quelques kilomètres les uns des autres. Le royaume tient d'abord dans ce mouchoir de poche.Redessinée par un contributeur de Wikimedia Commons d'après une gravure de Th. Dieudonné, 1901, CC BY-SA 3.0.
Ce que la tradition oublie
La suite tient en deux gestes, et la tradition ne retient qu’eux : partager, puis
recoudre. Andriamasinavalona (~1675-1710) aurait porté l'Imerina à son apogée, puis l'aurait partagé entre ses quatre fils, semant une division qui durera près de quatre-vingts ans. récitCalletDe ~1710 à 1787, l'Imerina reste morcelé en quatre royaumes rivaux, avant sa réunification par Andrianampoinimerina. récitCallet
Andrianampoinimerina (~1787-1810) réunifie l'Imerina et pose son ambition en formule restée célèbre : « la mer pour limite de ma rizière ». récitCalletLa maison d'Andrianampoinimerina, dans l'enceinte royale d'Ambohimanga. Le souverain à qui la tradition prête la réunification du royaume et la formule sur la mer habitait une case de bois d'une seule pièce. Le palais de pierre viendra un siècle plus tard, et il sera l'œuvre d'un Européen.Photographie de Lemurbaby, via Wikimedia Commons, CC BY-SA 3.0.
La frise plus bas porte un trou. Entre la fondation d’Antananarivo vers 1630 et l’apogée
de 1675, quarante-cinq ans sans une seule assertion. Ce n’est pas que rien ne
s’y soit passé : c’est que la tradition dynastique se souvient des fondateurs et des
diviseurs, et qu’un règne qui ne fonde ni ne partage ne lui sert à rien.
Un seul livre
Un seul livre porte tout ce qui précède, et il a été écrit longtemps après.
Tout ce qu'on sait des règnes antérieurs à 1810 vient du Tantara ny Andriana, vaste compilation des traditions merina rassemblée par le père Callet entre 1878 et 1881. reconstruitCallet
Le compte est brutal. Trois siècles de dynastie, six règnes, la fondation de la
capitale et le nom même du pays reposent sur une compilation rassemblée par un prêtre
français entre 1878 et 1881, soit soixante-huit ans après la période qu’elle clôt et
trois cent trente-huit ans après celle qu’elle ouvre, à la cour d’une dynastie qui avait tout
intérêt à ce que sa légitimité soit bien racontée. La note du corpus le dit mieux que
cette page ne saurait le faire : c’est une source majeure, pas un procès-verbal.
Ce livre donne son nom au site. Le choix n’est pas un hommage, il est un rappel : le
premier document que l’on rencontre en cherchant l’histoire de Madagascar est déjà un
récit, et il faut le lire comme tel.
C’est aussi la seule assertion de cette page à ne porter aucune date, et elle est donc
absente de la frise. Une compilation faite au XIXe siècle sur des règnes du
XVIe n’a pas de place dans une chronologie des règnes : elle en est la
condition, pas un épisode.
1810, l’entrée dans l’écrit
Ce n’est pas un hasard si la frise change de couleur autour de 1810. Avant, les
souverains ne nous sont connus que par le Tantara ny Andriana, statut
récit. À partir de Radama Ier, qui adopte
l’alphabet latin et accueille traités et missionnaires, le royaume produit et conserve
ses propres documents, statut
attesté. Radama Ier (1810-1828) ouvre le royaume à l'extérieur : traité avec les Britanniques (1817), missionnaires de la London Missionary Society, et adoption de l'alphabet latin pour écrire le malgache. attestéOgot
Le savoir ne devient pas plus vrai, il devient vérifiable.
Radama Ier passant ses troupes en revue, d'après un croquis pris sur place en 1825 par le peintre André Coppalle. Le règne qui fait entrer le royaume dans l'archive est aussi le premier que des témoins dessinent : avant lui, aucun souverain merina n'a de visage. La reproduction est une image d'archive de provenance mince, versée en 2005 et sans mention de l'original.D'après un croquis d'André Coppalle, 1825, via Wikimedia Commons, Domaine public.
Une précision s’impose ici, sans quoi la formule promet trop. 1810 est l’entrée des
Merina dans l’écrit, pas celle de Madagascar : les Antemoro du Sud-Est
écrivaient en caractères arabes depuis le XVe siècle. Ce qui change en 1810
n’est donc pas l’arrivée de l’écriture sur l’île, c’est qu’un État s’en serve pour tenir
ses propres archives.
Ce que l’archive laisse voir
Et ce qu’elle laisse voir en premier, c’est un demi-tour, mené par la souveraine même
qui poursuit l’industrialisation du royaume. Ranavalona Ire (1828-1861) renverse la politique d'ouverture : elle expulse les missionnaires, persécute les convertis chrétiens et défend l'autonomie du royaume, tout en faisant industrialiser l'Imerina par Jean Laborde à Mantasoa. attestéOgot Le même règne
fournit à cette page son exemple le plus dur. L'épreuve du tangena, ordalie judiciaire par le poison de la noix de Cerbera, jugeait l'accusé, souvent de sorcellerie : survivre valait innocence, mourir valait culpabilité. Devenue instrument de pouvoir sous Ranavalona Ire, elle fit de très nombreuses victimes avant son interdiction en 1863. attestéCampbell · Ogot Puis le pendule
repart dans l’autre sens, et casse. Radama II (1861-1863) rouvre le royaume aux Européens et signe la controversée Charte Lambert, avant d'être renversé et assassiné après moins de deux ans de règne. attestéOgot
Une tradition dynastique lisse ce genre de séquence, parce qu’elle raconte une lignée et
qu’une lignée doit tenir debout. L’archive, elle, garde les revirements, les expulsions
et les assassinats, y compris quand ils ne servent personne. C’est là son avantage, et il
n’a rien à voir avec la vérité : elle enregistre ce qui ne flatte pas.
Un avertissement l’accompagne. Ces trente années sont abondamment documentées par des
sources européennes souvent hostiles, et les chiffres qu’on lit sur le tangena varient
beaucoup selon qui les avance. Le site les rapporte sans les additionner.
Les regards extérieurs ont leur page.
Le pouvoir change de main sans changer de nom
À partir de 1863, le trône cesse d’être le bon endroit où regarder.
Rasoherina (1863-1868) règne sous une monarchie devenue constitutionnelle de fait : le pouvoir glisse vers le Premier ministre, qu'elle épouse. attestéOgotLe Premier ministre Rainilaiarivony exerce le pouvoir réel de 1864 à 1895 : il épouse successivement les trois dernières reines et dirige l'État jusqu'à la conquête française. attestéOgot Et pendant que le pouvoir
glisse, la cour change de religion. Ranavalona II (1868-1883) se convertit au christianisme et fait brûler les sampy, les talismans royaux, en 1869, faisant du protestantisme la religion de la cour. attestéOgot
Cet autodafé de 1869 ferme une boucle que la page a ouverte sans le dire : les sampy
sont, selon la tradition, l’institution de Ralambo, vers 1575. La dynastie détruit son
propre culte fondateur deux cent quatre-vingt-quatorze ans plus tard, et le fait pour
adopter celui des missionnaires que sa souveraine précédente avait chassés.
Une page intitulée « les rois et reines » se termine donc sur trois décennies où le
souverain ne gouverne pas. La couronne règne, le Premier ministre gouverne.
1897, la fin du royaume
Ranavalona III (1883-1897), dernière souveraine, voit la France conquérir le royaume ; elle est déposée et exilée, d'abord à La Réunion puis à Alger, où elle meurt en 1917. attestéOgot
Vingt ans séparent la fin du royaume de celle de la dernière souveraine, et un
continent sépare Alger de la colline d’Analamanga.
Ce que la France en a fait
L’exil ne la fait pas disparaître, il la transforme.
En exil, Ranavalona III gagne en France une popularité que la presse illustrée entretient, mais son image de reine s'y efface au profit de celle de la femme et de la mère ; sa photographie circule parmi les cartes à collectionner des biscuits Lefèvre-Utile, dans une série de plus de cent « célébrités contemporaines » où figurent acteurs, poètes et premiers aviateurs. Son isolement est l'œuvre du général Gallieni. attestéGaran · Aldrich
La phrase se retourne à la seconde lecture. Elle gagne en popularité, et c’est en cessant
d’être une reine qu’elle la gagne. Les Français ne l’accueillent pas comme une
souveraine déchue à qui le rang resterait dû : ils l’adoptent comme une femme, une
mère, et bientôt une célébrité. L’historienne qui a travaillé ces archives emploie,
à propos d’un spectacle donné en son honneur par une école maternelle, le mot de
reine d’opérette.
Dos du supplément illustré du Petit Journal, 19 mars 1899. Deux ans après la déposition, la presse de masse française lui donne une pleine page en couleurs, et la montre en intérieur, avec sa tante et sa petite-nièce. L'historienne qui étudie ces archives prévient que l'image trompe : elle peut donner l'impression d'un exil somptueux alors que la garde-robe de la reine n'avait rien du luxe affiché ici.Le Petit Journal, supplément illustré du 19 mars 1899, via Wikimedia Commons. Mise en garde tirée de F. Garan, Diasporas, 2021., Domaine public.Une du Petit Journal du dimanche 16 juin 1901, huit pages, cinq centimes. Une gare, une foule, des gendarmes, et une enfant qui tend des fleurs. C'est l'accueil que le journal choisit de montrer, et il ne montre pas un chef d'État.Le Petit Journal, supplément illustré du 16 juin 1901, via Wikimedia Commons, Domaine public.
La popularité se mesure enfin à un objet plus modeste que la presse, et plus
révélateur. Entre 1900 et 1910, la biscuiterie Lefèvre-Utile publie plus de cent
images de célébrités contemporaines pour remplir ses albums de collection : des
acteurs, des actrices, des poètes, des dramaturges, et les premiers héros de
l’aviation. La reine déposée y figure, entre un poète et un aviateur.
Un dernier fait clôt la séquence, et il vient de Madagascar.
Morte à Alger en 1917, Ranavalona III y reste inhumée vingt et un ans ; ses cendres ne sont ramenées à Madagascar qu'en octobre 1938, le maintien de la défunte loin de la terre des ancêtres ayant fini par poser question dans l'île. attestéGaran
Sa mort en 1917 n’avait pas ému la Grande Île. C’est la sépulture, restée loin de la
terre des ancêtres et contraire à la tradition funéraire malgache, qui a rouvert la
question deux décennies plus tard.
Un objet a mis bien plus longtemps à revenir. La couronne qui surmontait le dais royal de Ranavalona III, emportée en 1897 et exposée au musée de l'Armée à Paris depuis 1910, est remise à Madagascar le 5 novembre 2020, pour l'inauguration du Rova d'Antananarivo restauré. Le geste est fait sous la forme d'un dépôt et non d'une restitution, il est contesté en France, et une proposition de loi est déposée le 4 mai 2021 pour la restituer en propre. attestéLe Monde · Assemblée nationale
Le Rova de Manjakamiadana, palais royal d'Antananarivo, photographié en 2024. Ce que l'on voit est une reconstruction : le bâtiment a brûlé en 1995 et n'a rouvert qu'en novembre 2020, lors de la cérémonie où la couronne du dais est revenue de Paris.Photographie de Juliannah23, via Wikimedia Commons, CC0, domaine public volontaire.
Cent vingt-trois ans, donc, et un statut juridique qui n’est toujours pas celui d’une
restitution au moment où la couronne rentre. La dynastie que cette page a suivie depuis
une colline fortifiée se termine ainsi : un transfert de cendres obtenu vingt et un ans
après la mort, et une pièce d’orfèvrerie rendue plus d’un siècle plus tard sous une
forme que le Parlement français a ensuite dû reprendre.
Le geste n’est pas isolé. L’Ouest sakalava a connu les siens, dans des
conditions très différentes, et la comparaison des trois se lit mieux là-bas.
La dynastie, règne après règne
Frise · dérivée des assertions datées
800 – 1600La nature des Vazimba reste débattue : population humaine antérieure réellement distincte, ou catégorie de la tradition projetée sur le passé des Hautes Terres.daté-débattu
1540 – 1575Andriamanelo (règne traditionnel ~1540-1575) est tenu pour le fondateur de la lignée merina ; on lui prête la lutte contre les Vazimba, premiers occupants des Hautes Terres.récit
1575 – 1612Ralambo (~1575-1612) aurait donné son nom à l'« Imerina », levé la première armée permanente et institué le culte des sampy (talismans royaux).récit
1612 – 1630Andrianjaka (~1612-1630) se serait emparé de la colline d'Analamanga pour y fonder Antananarivo (« la ville des mille ») et y établir le premier rova royal.récit
1675 – 1710Andriamasinavalona (~1675-1710) aurait porté l'Imerina à son apogée, puis l'aurait partagé entre ses quatre fils, semant une division qui durera près de quatre-vingts ans.récit
1710 – 1787De ~1710 à 1787, l'Imerina reste morcelé en quatre royaumes rivaux, avant sa réunification par Andrianampoinimerina.récit
1787 – 1810Andrianampoinimerina (~1787-1810) réunifie l'Imerina et pose son ambition en formule restée célèbre : « la mer pour limite de ma rizière ».récit
1810 – 1828Radama Ier (1810-1828) ouvre le royaume à l'extérieur : traité avec les Britanniques (1817), missionnaires de la London Missionary Society, et adoption de l'alphabet latin pour écrire le malgache.attesté
1828 – 1861Ranavalona Ire (1828-1861) renverse la politique d'ouverture : elle expulse les missionnaires, persécute les convertis chrétiens et défend l'autonomie du royaume, tout en faisant industrialiser l'Imerina par Jean Laborde à Mantasoa.attesté
1828 – 1863L'épreuve du tangena, ordalie judiciaire par le poison de la noix de Cerbera, jugeait l'accusé, souvent de sorcellerie : survivre valait innocence, mourir valait culpabilité. Devenue instrument de pouvoir sous Ranavalona Ire, elle fit de très nombreuses victimes avant son interdiction en 1863.attesté
1861 – 1863Radama II (1861-1863) rouvre le royaume aux Européens et signe la controversée Charte Lambert, avant d'être renversé et assassiné après moins de deux ans de règne.attesté
1863 – 1868Rasoherina (1863-1868) règne sous une monarchie devenue constitutionnelle de fait : le pouvoir glisse vers le Premier ministre, qu'elle épouse.attesté
1864 – 1895Le Premier ministre Rainilaiarivony exerce le pouvoir réel de 1864 à 1895 : il épouse successivement les trois dernières reines et dirige l'État jusqu'à la conquête française.attesté
1868 – 1883Ranavalona II (1868-1883) se convertit au christianisme et fait brûler les sampy, les talismans royaux, en 1869, faisant du protestantisme la religion de la cour.attesté
1883 – 1897Ranavalona III (1883-1897), dernière souveraine, voit la France conquérir le royaume ; elle est déposée et exilée, d'abord à La Réunion puis à Alger, où elle meurt en 1917.attesté
1897 – 1917En exil, Ranavalona III gagne en France une popularité que la presse illustrée entretient, mais son image de reine s'y efface au profit de celle de la femme et de la mère ; sa photographie circule parmi les cartes à collectionner des biscuits Lefèvre-Utile, dans une série de plus de cent « célébrités contemporaines » où figurent acteurs, poètes et premiers aviateurs. Son isolement est l'œuvre du général Gallieni.attesté
1917 – 1938Morte à Alger en 1917, Ranavalona III y reste inhumée vingt et un ans ; ses cendres ne sont ramenées à Madagascar qu'en octobre 1938, le maintien de la défunte loin de la terre des ancêtres ayant fini par poser question dans l'île.attesté
Le registre
Chaque démarche scientifique apporte sa pièce, et son degré de certitude. La même histoire, vue par 1 famille de preuves.
histoire 19
ce que les textes et les traditions rapportent
La nature des Vazimba reste débattue : population humaine antérieure réellement distincte, ou catégorie de la tradition projetée sur le passé des Hautes Terres.
daté-débattu800 – 1600
Le mot a d'abord désigné les ancêtres et les esprits du sol d'avant les royaumes ; la lecture coloniale en a fait un « peuple premier » distinct, que la recherche récente nuance.
Andriamanelo (règne traditionnel ~1540-1575) est tenu pour le fondateur de la lignée merina ; on lui prête la lutte contre les Vazimba, premiers occupants des Hautes Terres.
On lui attribue aussi l'introduction de la consommation du zébu, couche d'actes fondateurs typique des récits dynastiques.
Andrianjaka (~1612-1630) se serait emparé de la colline d'Analamanga pour y fonder Antananarivo (« la ville des mille ») et y établir le premier rova royal.
Acte fondateur de la capitale ; la date et le détail reposent sur la tradition, mais le site du rova est, lui, bien réel.
Andriamasinavalona (~1675-1710) aurait porté l'Imerina à son apogée, puis l'aurait partagé entre ses quatre fils, semant une division qui durera près de quatre-vingts ans.
Charnière entre tradition et archive : on le connaît surtout par le Tantara ny Andriana, compilé un demi-siècle après sa mort, d'où le statut récit, malgré une réunification historiquement admise.
Radama Ier (1810-1828) ouvre le royaume à l'extérieur : traité avec les Britanniques (1817), missionnaires de la London Missionary Society, et adoption de l'alphabet latin pour écrire le malgache.
Son règne marque l'entrée de l'Imerina dans l'archive écrite : c'est exactement là que le statut de preuve bascule du récit à l'attesté.
Ranavalona Ire (1828-1861) renverse la politique d'ouverture : elle expulse les missionnaires, persécute les convertis chrétiens et défend l'autonomie du royaume, tout en faisant industrialiser l'Imerina par Jean Laborde à Mantasoa.
Règne de 33 ans, abondamment documenté par les sources européennes, souvent hostiles, à lire avec leur biais (cf Regards extérieurs).
L'épreuve du tangena, ordalie judiciaire par le poison de la noix de Cerbera, jugeait l'accusé, souvent de sorcellerie : survivre valait innocence, mourir valait culpabilité. Devenue instrument de pouvoir sous Ranavalona Ire, elle fit de très nombreuses victimes avant son interdiction en 1863.
Pratique ancienne (attestée dès le XVIe siècle), portée à son comble comme outil judiciaire et politique sous Ranavalona Ire. Les estimations de mortalité varient beaucoup et viennent de sources européennes souvent hostiles : Campbell avance jusqu'à ~100 000 morts pour la seule année 1838. La forte chute démographique du règne combine tangena, guerres, travail forcé et maladies, et ne saurait être imputée au seul poison.
Radama II (1861-1863) rouvre le royaume aux Européens et signe la controversée Charte Lambert, avant d'être renversé et assassiné après moins de deux ans de règne.
Première des trois reines successives mariées au même homme fort, Rainilaiarivony.
Le Premier ministre Rainilaiarivony exerce le pouvoir réel de 1864 à 1895 : il épouse successivement les trois dernières reines et dirige l'État jusqu'à la conquête française.
La monarchie de la fin est d'abord un gouvernement de Premier ministre, la couronne règne, lui gouverne.
Ranavalona II (1868-1883) se convertit au christianisme et fait brûler les sampy, les talismans royaux, en 1869, faisant du protestantisme la religion de la cour.
L'autodafé des sampy clôt symboliquement l'ordre religieux institué, dit-on, par Ralambo trois siècles plus tôt.
Ranavalona III (1883-1897), dernière souveraine, voit la France conquérir le royaume ; elle est déposée et exilée, d'abord à La Réunion puis à Alger, où elle meurt en 1917.
1897 clôt près de quatre siècles de royauté merina et ouvre la colonie française.
En exil, Ranavalona III gagne en France une popularité que la presse illustrée entretient, mais son image de reine s'y efface au profit de celle de la femme et de la mère ; sa photographie circule parmi les cartes à collectionner des biscuits Lefèvre-Utile, dans une série de plus de cent « célébrités contemporaines » où figurent acteurs, poètes et premiers aviateurs. Son isolement est l'œuvre du général Gallieni.
L'historienne parle d'une « reine d'opérette » : une image de futilité, mais qui porte une célébrité réelle. La popularité française n'est donc pas une reconnaissance de son rang, elle en est la substitution.
Morte à Alger en 1917, Ranavalona III y reste inhumée vingt et un ans ; ses cendres ne sont ramenées à Madagascar qu'en octobre 1938, le maintien de la défunte loin de la terre des ancêtres ayant fini par poser question dans l'île.
Sa mort en 1897 n'avait pas provoqué de réaction notable à Madagascar ; c'est la sépulture éloignée, contraire à la tradition funéraire malgache, qui a rouvert la question deux décennies plus tard.
La couronne qui surmontait le dais royal de Ranavalona III, emportée en 1897 et exposée au musée de l'Armée à Paris depuis 1910, est remise à Madagascar le 5 novembre 2020, pour l'inauguration du Rova d'Antananarivo restauré. Le geste est fait sous la forme d'un dépôt et non d'une restitution, il est contesté en France, et une proposition de loi est déposée le 4 mai 2021 pour la restituer en propre.
Assertion d'historiographie et de ses suites, sans date de fait : elle n'entre donc pas dans la frise, au même titre que la compilation de Callet.
Tout ce qu'on sait des règnes antérieurs à 1810 vient du Tantara ny Andriana, vaste compilation des traditions merina rassemblée par le père Callet entre 1878 et 1881.
Recueilli un à trois siècles après les faits, à la cour d'une dynastie qui écrit sa propre légitimité, ce corpus (qui donne son nom à ce site) est depuis commenté et contesté par les historiens. C'est une source majeure, pas un procès-verbal.