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Peuplement

Le peuplement de Madagascar

Deux courants, séparés par tout un océan, qui se rencontrent sur une île longtemps vide d'hommes. Voici ce que les preuves disent, et où elles s'arrêtent.

Une double origine

Les Malgaches parlent une langue venue d’Asie et portent pour partie des gènes venus d’Afrique. La langue d’abord, parce qu’elle se lit sans instrument. Le lexique de base du malgache est massivement austronésien (~90 %), rattaché aux langues barito du sud-est de Bornéo, la plus proche étant le ma'anyan. reconstruit Dahl · Adelaar · Serva L’origine asiatique n’est donc pas une conjecture lointaine, elle est inscrite dans la grammaire du quotidien. Une langue s’adopte pourtant sans qu’on descende de ceux qui la parlaient : elle atteste un contact, et c’est aux génomes de dire qui est venu. Ils disent que la population est aussi profondément africaine. La composante africaine du génome malgache se rattache aux populations bantoues d'Afrique de l'Est et du Sud-Est, de l'autre côté du canal du Mozambique. mesuré Pierron Les deux héritages ne se sont pas juxtaposés, ils se sont fondus, et dans des proportions qui varient d’un bout à l’autre de l’île. L'ascendance varie géographiquement : majoritairement asiatique sur les Hautes Terres, majoritairement africaine sur les côtes, tous les Malgaches portant les deux. mesuré Pierron

ma'anyan, le plus proche parent connulangues du barito du sud-est · positions Glottolog · fond OpenStreetMap
Le malgache n'est pas seulement apparenté à ces langues : la classification de référence le range dans leur sous-groupe, le barito du sud-est, dont le ma'anyan est le membre le plus proche. Une même branche, dont les rameaux sont séparés par sept mille cinq cents kilomètres d'océan.Positions d'après Glottolog ; quatre autres langues du groupe n'y sont pas localisées et ne figurent donc pas ici. Aucun itinéraire n'est tracé : la route de la traversée est un point débattu, exposé plus bas sur cette page.

Une poignée de fondatrices

Derrière ce grand mouvement, les génomes laissent deviner un commencement étroit. L'ADN mitochondrial indique un effectif fondateur féminin très réduit, de l'ordre de trente femmes, originaires d'Asie du Sud-Est insulaire. mesuré Cox Une trentaine de femmes : non que l’île ait été peuplée par elles seules, mais la lignée maternelle fondatrice tient presque tout entière dans ce chiffre. Le peuplement d’un continent en miniature a pu tenir à quelques traversées réussies.

plus de filles :la lignée s'arrêtetrois femmes fondatricesquatre générations plus tard : deux lignées sur trois
Les cercles sont des femmes, les carrés des hommes ; la couleur suit la molécule. L'ADN mitochondrial passe de la mère à tous ses enfants, mais seules les filles le transmettent à leur tour : les carrés le portent et l'arrêtent. Compter les lignées mitochondriales d'une population revient donc à compter des femmes.Schéma de principe, sans aucune donnée malgache. Il porte la limite de la méthode : une lignée disparaît dès qu'une génération n'a que des fils, comme la troisième ici. Le nombre obtenu est un plancher, celui des fondatrices dont la descendance féminine n'a jamais été rompue, et non un recensement des femmes débarquées.

Ceux qui sont partis

La langue désigne le sud-est de Bornéo, mais elle ne dit ni de quel milieu on venait ni à quel rang. Sur ce point les génomes déplacent le regard du village vers le port. Les Malgaches partagent davantage d'ADN autosomique avec les habitants de la ville portuaire de Banjarmasin qu'avec les Ma'anyan de l'intérieur, dont ils tiennent pourtant leur langue. reconstruit Adelaar · Adelaar Ceux qui ont embarqué ne descendaient donc pas en droite ligne du hameau où l’on parlait leur langue : ils venaient d’un monde de comptoir, où cette langue avait déjà commencé de changer.

Ce milieu a laissé sa marque dans la langue. Le malgache contient des emprunts au malais et au javanais, notamment dans le vocabulaire maritime et directionnel, indice d'un départ via les réseaux marchands malais. reconstruit Adelaar L’un de ces emprunts a traversé jusqu’aux noms des rois. Le préfixe honorifique ra-, celui de Radama et de Rainilaiarivony, est emprunté au javanais, et l'emprunt s'est fait à Bornéo avant le départ. reconstruit Adelaar Un souverain du XIXe siècle portait donc dans son nom une marque de courtoisie venue d’un autre monde, mille ans avant lui.

Le fait pèse sur la question du rang : on n’emprunte des marques de déférence que si l’on a des rangs à distinguer, et une cargaison n’en a pas. L'identité sociale de ceux qui ont embarqué reste débattue : une élite migrante venue tard avec son modèle de royauté, ou un seul groupe parti d'un coup et composé de plusieurs rangs. daté-débattu

Des vagues successives, dont une élite

Plusieurs migrations se seraient succédé depuis l'Insulinde. La dernière, celle des Zafiraminia, serait le fait d'un groupe malais tardif qui apporta un canevas idéologique de la royauté, d'inspiration hindou-javanaise et adossé au mythe d'Ibonia, et qui joua un rôle central dans la fondation des royaumes de la côte est puis des Hautes Terres, dont l'Imerina.

Un seul départ, plusieurs rangs

Un unique mouvement migratoire suffit à rendre compte de la diversité observée, à condition d'admettre que ses membres appartenaient à des strates sociales différentes. Aucune trace linguistique n'atteste de vagues successives, et l'historiographie insulindienne ne mentionne ni Madagascar ni aucun groupe qu'on puisse rattacher aux Zafiraminia.

Le seul document contemporain qui porterait leur langue ne se trouve pas à Madagascar. Les plus anciennes inscriptions en vieux malais, gravées au VIIe siècle dans le sud de Sumatra et sur l'île de Bangka, comportent quelques lignes dans une langue restée non identifiée, qui pourrait relever du barito oriental, sinon du malgache ancien. conjectural Adelaar · Dahl

La traversée, et ses inconnues

Sur le voyage lui-même, les preuves se font rares, et prudentes. Le chemin reste ouvert. Le trajet même de la traversée austronésienne reste débattu : route directe à travers l'océan Indien, cabotage le long des côtes, ou étape prolongée en Afrique de l'Est avant le dernier saut. daté-débattu Le motif ne l’est pas moins. Les raisons du départ depuis l'Asie du Sud-Est (commerce, exil, dérive accidentelle, colonisation délibérée) restent inconnues. conjectural revue Corps · Adelaar L’explication marchande bute d’ailleurs sur une objection simple : la côte africaine, riche d’or, d’ivoire et de captifs, offrait bien davantage que l’île, et l’on comprend mal qu’on ait fait tout ce chemin pour la dépasser. Quant au point d’arrivée, un indice linguistique le situerait au sud-est. La lexicostatistique des dialectes malgaches situerait le premier débarquement sur la côte sud-est, vers 650 de n.è. conjectural Serva

Photographie virée à l'encre : un homme debout sur la coque d'une pirogue lancée, tirant de tout son poids sur l'écoute de la voile, le flotteur du balancier plongeant dans la mer à sa gauche.
Une pirogue à balancier sous voile, dans le lagon d'Ifaty. Le flotteur latéral empêche le chavirement, et l'homme fait le reste en se portant au vent. Ce bateau-ci est un bateau d'aujourd'hui : il ne dit rien de ce qui a traversé l'océan, seulement ce qu'un balancier permet.Smiley.toerist, via Wikimedia Commons, CC BY-SA 3.0. Photographie virée à l'encre pour la cohérence des planches du site. Les formes et les proportions ne sont pas retouchées.

Trois itinéraires se disputent le trajet, sans qu’aucune épave ni site d’étape ne tranche. La carte les pose côte à côte, tels quels : une traversée franche d’un océan, une longue reptation le long des côtes, ou un détour par le continent africain, où le groupe aurait pris sa composition définitive avant le dernier saut. Elle porte aussi les deux rivages que ces routes désignent, et qui ne sont pas le même.

Route directeCabotage par les côtesÉtape en Afrique de l'Esttrois hypothèses, aucune tranchée ; le point d'accostage ne l'est pas davantage · fond OpenStreetMap

Route directe

La traversée se serait faite d'un trait, du sud-est de Bornéo vers les Comores et Madagascar. Les traces austronésiennes relevées sur le pourtour ne la contredisent pas : celles de Somalie et du Yémen viennent de Madagascar pour les plus anciennes, donc d'un rayonnement postérieur au peuplement, et de la fin du XIXe siècle pour les secondes. Les proportions vont dans le même sens : la moitié du patrimoine génétique malgache est africaine quand la langue ne compte que deux pour cent de termes bantous, et le chromosome Y y est plus africain que l'ADN mitochondrial, soit l'inverse de ce qu'aurait laissé un équipage asiatique mêlé sur place à des populations africaines.

Cabotage par les côtes

Le modèle classique fait longer les côtes (Inde, Maldives, côte swahilie), avec un métissage africain en chemin et les Comores comme relais. La terminologie de la pirogue à balancier, échelonnée de l'Insulinde au monde swahili, garde la trace de cet itinéraire côtier.

Étape en Afrique de l'Est

Les locuteurs du barito auraient d'abord gagné la côte est-africaine, économiquement bien plus attirante que l'île, s'y seraient mêlés à des populations bantoues, et le groupe déjà mixte aurait ensuite franchi le canal. Le malgache emploie des mots bantous pour le bétail, la banane et le taro alors que des termes austronésiens existaient et que ces plantes viennent d'Asie : le vocabulaire du quotidien aurait été refait avant l'arrivée.

La date d’arrivée, que le site n’arbitre pas

La section précédente avance une date, vers 650, tirée du seul écart entre les dialectes. Elle ne s’accorde pas avec celles que donne le sol, et l’écart n’est pas une erreur : les deux ne comptent pas la même chose. Un débarquement laisse des descendants qui se mettent à parler différemment ; une installation laisse des grains, des tessons et des os. Aucune question de cette page n’est plus ouverte que celle-ci. L’une des lectures date l’installation durable, que les assemblages archéologiques et les plantes importées placent au VIIIe-Xe siècle ; l’autre avance une fréquentation bien antérieure, sans peuplement établi, et repose sur les os à traces de découpe que la page des bêtes expose de son côté, au statut conjectural.

Peuplement du milieu du Ier millénaire

Les preuves matérielles robustes, assemblages archéologiques, cultures asiatiques importées (riz, haricot mungo), situent l'installation durable autour du VIIIe–Xe siècle de n.è.

Présence ancienne (contestée)

Des indices d'une présence bien plus ancienne (os portant des traces de découpe) ont été avancés, mais restent contestés et non confirmés par un peuplement durable.

Ce que l’on emporte pour traverser un océan

Planche naturaliste sur papier crème : quatre spécimens de plantes alignés côte à côte, tiges dressées, feuilles larges, gousses et capsules ouvertes, dessinés à l'encre et lavés d'aquarelle pâle.
Image de synthèse, dans le registre des planches d'herbier du XIXe siècle. Elle ne représente aucune des espèces citées ici et n'identifie rien : ce que les fouilles livrent, ce sont des grains carbonisés, pas des plantes sur pied.Image de synthèse produite par flux7.art. Elle n'illustre aucun spécimen réel et n'atteste de rien.

On ne franchit pas l’océan Indien les mains vides. Le sol garde la mémoire des plantes embarquées. Les cultures asiatiques (riz, haricot mungo, coton asiatique) apparaissent dans les sites archéologiques malgaches entre le VIIIe et le Xe siècle. mesuré Crowther L’apport africain, lui, se lit autant dans les mots que dans les troupeaux. Le malgache porte une strate lexicale bantoue, concentrée sur la faune, l'élevage et la vie matérielle (le zébu omby, du bantou ngombe). reconstruit revue Corps

Devenir un seul peuple

La rencontre des deux lignées n’a rien d’immémorial : elle est datable, et récente. Le métissage entre lignées austronésiennes et bantoues est récent, concentré sur le dernier millénaire (env. 1000–1200 de n.è.). mesuré Cox · Pierron Une fois le brassage engagé, les génomes gardent la trace d’un tri. Le génome malgache porte un signal de sélection naturelle en faveur de l'ascendance africaine au cours du dernier millénaire. mesuré Pierron Pendant ce temps, l’intérieur des terres, longtemps peu fréquenté, se peuple à son tour. L'occupation dense de l'intérieur et des Hautes Terres est tardive : l'essentiel des traces date du IIe millénaire, plusieurs siècles après les implantations côtières. mesuré Dewar · Burney

Les Vazimba, l’avant des Hautes Terres

Mais l’intérieur n’était pas vide. La tradition donne un nom à ceux qui l’occupaient avant les royaumes : les Vazimba. Dans la tradition des Hautes Terres, les Vazimba sont les premiers occupants du pays, présents avant l'arrivée des ancêtres andriana qui les refoulent ou les absorbent. récit Callet Le souvenir est si profond que la dynastie merina inscrit ses propres origines dans ce monde d’avant, par deux reines qu’elle dira ensuite avoir supplantées. La généalogie royale merina place à son origine deux souveraines, Rafohy et Rangita, rattachées au temps des Vazimba, que leurs successeurs Andriamanelo puis Ralambo supplantent. récit Callet Reste une question que les preuves ne tranchent pas : peuple réel refoulé, ou catégorie des origines que la tradition, puis l’époque coloniale, ont durcie en ethnie ? La nature des Vazimba reste débattue : population humaine antérieure réellement distincte, ou catégorie de la tradition projetée sur le passé des Hautes Terres. daté-débattu

Les premières villes, les derniers géants

Vue satellite virée à l'encre : le fond d'une baie, un cordon de sable clair le long du rivage, un estuaire ramifié au nord-est, des rivières sinueuses et un couvert végétal continu ; aucune trame urbaine.
Le fond de la baie d'Ampasindava, vu par satellite. La ville se tenait quelque part le long de ce rivage, et rien ici ne la signale. Aucun repère n'est placé sur l'image : sa position n'est connue qu'à l'échelle du hameau qui porte son nom.Sentinel-2 cloudless (EOX), d'après les données Copernicus, CC BY 4.0. Mosaïque de tuiles satellite, virée à l'encre pour la cohérence des planches du site.

Le commerce de l’océan Indien accoste tôt sur la côte nord-ouest, et y laisse une ville. Mahilaka, fondée vers le Xe siècle dans la baie d'Ampasindava, est la première ville connue de Madagascar, un port de commerce intégré aux réseaux swahili de l'océan Indien. mesuré Radimilahy Elle avait été signalée bien avant d’être fouillée, et par accident. Les ruines de Mahilaka sont signalées dès 1913 par un colon qui défrichait sa concession : deux enceintes quadrilatérales de cent cinquante mètres sur cent, dont les murs tenaient encore trois à quatre mètres de haut, bâties de schiste et de basalte assemblés et enduits d'une chaux de corail. attesté Jodin Une ville de cette taille ne laisse donc, au bout de mille ans, que des murs sous la forêt et des pierres qu’il a fallu porter de loin. À mesure que l’homme s’installe, un monde animal s’efface, et la cause n’est pas tranchée : la chasse, le climat, ou les deux avec la transformation du paysage par l’élevage. La mégafaune malgache (lémuriens géants, oiseaux-éléphants, hippopotames nains) disparaît après l'arrivée humaine, selon une chronologie débattue. daté-débattu → Ce que l’île a perdu

Des couches plus tardives

Manuscrit ouvert sur deux pages : un texte serré tracé à l'encre brune en caractères arabes, sur un papier épais et jauni aux bords effrangés, avec quelques taches.
Un sorabe, manuscrit malgache écrit en caractères arabes sur papier antemoro. Celui-ci porte le récit d'une ambassade des Antaimoro auprès des rois de l'Imerina. La langue est malgache, l'écriture est arabe : le contact a laissé l'alphabet sans emporter la langue.Auteur inconnu, XVIe siècle, via Wikimedia Commons, domaine public.

L’île n’a jamais cessé de recevoir. La côte sud-est garde, dans ses manuscrits, la mémoire d’un apport islamisé. Les sorabe (manuscrits malgaches en caractères arabes conservés chez les Antemoro du Sud-Est) consignent la tradition d'une origine remontant à des migrants islamisés se réclamant de La Mecque. récit Faublée Le regard européen, lui, arrive presque par accident, et tard. Le premier Européen à voir Madagascar est le Portugais Diogo Dias, le 10 août 1500, il nomme l'île São Lourenço, du saint du jour. récit Thomaz Les marchands de l’Inde viennent plus tard encore, par les ports de l’ouest, et l’on est alors au siècle des traités et des consuls. Les communautés commerçantes d'origine indienne, dites Karana (musulmanes, khoja et bohra) et Banians (hindoues), venues du Gujarat (Kutch, Surat), s'implantent à Madagascar au XIXe siècle par les ports de la côte ouest, Mahajanga en tête. attesté Blanchy

Les lignées ancestrales

Deux apports majeurs, séparés par tout un océan. Aucun des deux n’est lisible par une seule sorte de preuve : la langue porte les deux, un lexique de base austronésien et une strate bantoue, et les génomes portent les deux aussi. Ce qui les distingue est ce qu’ils ont laissé en propre, les plantes cultivées d’un côté, les troupeaux de l’autre. Ce ne sont pas des « ethnies », ce sont les courants d’où tout le reste procède, en deçà des foko.

Un troisième nom figure ci-dessous, et il n’est pas du même ordre. Les Vazimba ne sont pas un apport dont on suivrait la route : ils sont ce que la tradition place avant tout le reste, et le site les garde ici parce qu’on ne peut pas raconter les Hautes Terres sans eux. La carte qui les porte le signale plutôt que de les aligner sur les deux autres.

Austronésiens

Locuteurs de langues austronésiennes venus d'Asie du Sud-Est insulaire ; la lignée linguistique du malgache se rattache aux langues barito du sud-est de Bornéo.

16 assertions rattachées
Bantous

Apport africain de langue bantoue, venu de la côte est-africaine ; deuxième grande composante ancestrale des Malgaches, lisible dans les génomes, le lexique et l'élevage.

5 assertions rattachées
Vazimba
ni migration ni ethnie : un terme de la tradition

Premiers occupants du pays dans la tradition malgache, antérieurs aux ancêtres andriana. Leur nature (population historique refoulée ou catégorie mythifiée des origines) reste débattue ; on les vénère aujourd'hui comme esprits premiers du sol.

3 assertions rattachées

Chronologie

Frise · dérivée des assertions datées
500 av. n.è. – 700La date de la première présence humaine à Madagascar reste débattue.daté-débattu
500 av. n.è. – 1500La mégafaune malgache (lémuriens géants, oiseaux-éléphants, hippopotames nains) disparaît après l'arrivée humaine, selon une chronologie débattue.daté-débattu
550 – 750La lexicostatistique des dialectes malgaches situerait le premier débarquement sur la côte sud-est, vers 650 de n.è.conjectural
600 – 1000L'ADN mitochondrial indique un effectif fondateur féminin très réduit, de l'ordre de trente femmes, originaires d'Asie du Sud-Est insulaire.mesuré
682 – 686Les plus anciennes inscriptions en vieux malais, gravées au VIIe siècle dans le sud de Sumatra et sur l'île de Bangka, comportent quelques lignes dans une langue restée non identifiée, qui pourrait relever du barito oriental, sinon du malgache ancien.conjectural
700 – 1000Les cultures asiatiques (riz, haricot mungo, coton asiatique) apparaissent dans les sites archéologiques malgaches entre le VIIIe et le Xe siècle.mesuré
800 – 1600La nature des Vazimba reste débattue : population humaine antérieure réellement distincte, ou catégorie de la tradition projetée sur le passé des Hautes Terres.daté-débattu
900 – 1400Mahilaka, fondée vers le Xe siècle dans la baie d'Ampasindava, est la première ville connue de Madagascar, un port de commerce intégré aux réseaux swahili de l'océan Indien.mesuré
1000 – 1200Le métissage entre lignées austronésiennes et bantoues est récent, concentré sur le dernier millénaire (env. 1000–1200 de n.è.).mesuré
1000 – 1600L'occupation dense de l'intérieur et des Hautes Terres est tardive : l'essentiel des traces date du IIe millénaire, plusieurs siècles après les implantations côtières.mesuré
1000 – 2000Le génome malgache porte un signal de sélection naturelle en faveur de l'ascendance africaine au cours du dernier millénaire.mesuré
1400 – 1700Les sorabe (manuscrits malgaches en caractères arabes conservés chez les Antemoro du Sud-Est) consignent la tradition d'une origine remontant à des migrants islamisés se réclamant de La Mecque.récit
1500 – 1530Le premier Européen à voir Madagascar est le Portugais Diogo Dias, le 10 août 1500, il nomme l'île São Lourenço, du saint du jour.récit
1500 – 1575La généalogie royale merina place à son origine deux souveraines, Rafohy et Rangita, rattachées au temps des Vazimba, que leurs successeurs Andriamanelo puis Ralambo supplantent.récit
1840 – 1900Les communautés commerçantes d'origine indienne, dites Karana (musulmanes, khoja et bohra) et Banians (hindoues), venues du Gujarat (Kutch, Surat), s'implantent à Madagascar au XIXe siècle par les ports de la côte ouest, Mahajanga en tête.attesté

Les routes

route européenroute indienroute austronésienroute arabo-swahiliroute bantouarcs d'origine, non des trajectoires · points dérivés des coordonnées des assertions · fond OpenStreetMap

Le registre

Chaque démarche scientifique apporte sa pièce, et son degré de certitude. La même histoire, vue par 6 familles de preuves.

biologie 1

ce que les os, les pollens et la répartition du vivant montrent

La mégafaune malgache (lémuriens géants, oiseaux-éléphants, hippopotames nains) disparaît après l'arrivée humaine, selon une chronologie débattue.
daté-débattu500 av. n.è. – 1500
Paléoécologie : spores de champignons coprophiles (Sporormiella), datations radiocarbone, charbons. Le fait de l'extinction est établi ; son rythme et ses causes ne le sont pas.

archéologie 5

ce que le sol et les vestiges datent

La date de la première présence humaine à Madagascar reste débattue.
daté-débattu500 av. n.è. – 700
Le débat oppose des datations tardives, solidement établies, à des revendications anciennes contestées.
Les cultures asiatiques (riz, haricot mungo, coton asiatique) apparaissent dans les sites archéologiques malgaches entre le VIIIe et le Xe siècle.
mesuré700 – 1000Crowther, A. et al. (2016)
Restes carbonisés identifiés et datés ; c'est la première signature archéologique directe de l'expansion austronésienne vers l'ouest.
Mahilaka, fondée vers le Xe siècle dans la baie d'Ampasindava, est la première ville connue de Madagascar, un port de commerce intégré aux réseaux swahili de l'océan Indien.
mesuré900 – 1400Radimilahy, C. (1998)
Fouilles : mosquée, enceinte, céramiques importées, cristal de roche, perles, la matérialité du lien arabo-swahili.
L'occupation dense de l'intérieur et des Hautes Terres est tardive : l'essentiel des traces date du IIe millénaire, plusieurs siècles après les implantations côtières.
Le littoral d'abord, l'intérieur ensuite, un schéma classique d'île colonisée par la mer.
Les ruines de Mahilaka sont signalées dès 1913 par un colon qui défrichait sa concession : deux enceintes quadrilatérales de cent cinquante mètres sur cent, dont les murs tenaient encore trois à quatre mètres de haut, bâties de schiste et de basalte assemblés et enduits d'une chaux de corail.
Sans champ period : 1913 date la découverte des ruines, non un fait du peuplement, et la frise de cette page suit les seconds. Le détail qui frappe le visiteur de 1913 est l'absence de pierre : selon le témoignage qu'il rapporte, il n'y en avait aucune à l'état naturel sur cette dune, ni dans un rayon de dix kilomètres. Tout le matériau a donc été apporté. Le site est décrit au fond de la baie, sur une dune de quatre kilomètres de long qui s'enfonce dans la mer, à cinq ou six heures de chaloupe à vapeur d'Hell-Ville, et l'auteur note que plusieurs routes anciennes y convergent.

génétique 6

ce que les génomes mesurent

L'ADN mitochondrial indique un effectif fondateur féminin très réduit, de l'ordre de trente femmes, originaires d'Asie du Sud-Est insulaire.
mesuré600 – 1000Cox, M. P. et al. (2012)
Estimation par simulation à partir des lignées mitochondriales actuelles ; l'intervalle temporel reste large. Un peuplement durable peut commencer par une poignée de pirogues.
Le métissage entre lignées austronésiennes et bantoues est récent, concentré sur le dernier millénaire (env. 1000–1200 de n.è.).
Convergence des datations d'admixture (ADN autosomal, mitochondrial) et du signal de sélection récente.
Le génome malgache porte un signal de sélection naturelle en faveur de l'ascendance africaine au cours du dernier millénaire.
mesuré1000 – 2000Pierron, D. et al. (2018)
Le signal est mesuré ; son mécanisme (résistance au paludisme, avantage des variants africains) reste une hypothèse interprétative.
Les Malgaches partagent davantage d'ADN autosomique avec les habitants de la ville portuaire de Banjarmasin qu'avec les Ma'anyan de l'intérieur, dont ils tiennent pourtant leur langue.
Résultat de Brucato et al. 2016, rapporté et interprété par Adelaar 2016, dont le corpus ne conserve que la restitution. Les ports de Bornéo ont été fondés par des noyaux malophones qui absorbaient un afflux continu de gens de l'arrière-pays : une population de métropole, malaise de langue et de culture, mais apparentée aux populations du dehors. Le départ se serait fait depuis ce milieu portuaire, non depuis le village d'origine. La langue avait désigné le même port avant les génomes : Adelaar relevait en 1995, d'après ses travaux de 1989, que le malgache porte des emprunts au malais de Banjarmasin. Deux disciplines, deux chemins indépendants, une seule ville.
L'ascendance varie géographiquement : majoritairement asiatique sur les Hautes Terres, majoritairement africaine sur les côtes, tous les Malgaches portant les deux.
Gradient mesuré sur ~2 700 génomes couvrant 257 villages ; aucun groupe n'est « purement » l'un ou l'autre.
La composante africaine du génome malgache se rattache aux populations bantoues d'Afrique de l'Est et du Sud-Est, de l'autre côté du canal du Mozambique.
Le second courant fondateur : l'ascendance africaine n'est pas diffuse, elle pointe vers le monde bantou côtier.

linguistique 7

ce que la langue reconstruit

La lexicostatistique des dialectes malgaches situerait le premier débarquement sur la côte sud-est, vers 650 de n.è.
conjectural550 – 750Serva, M. et al. (2012)
Un modèle, pas une mesure : la divergence dialectale dépend d'hypothèses fortes (taux de remplacement lexical constant, expansion depuis un point unique).
Les plus anciennes inscriptions en vieux malais, gravées au VIIe siècle dans le sud de Sumatra et sur l'île de Bangka, comportent quelques lignes dans une langue restée non identifiée, qui pourrait relever du barito oriental, sinon du malgache ancien.
conjectural682 – 686Adelaar, K. A. (2016) · Dahl, O. C. (1951)
Lecture proposée par Aichele en 1936, reprise par Dahl puis par Adelaar, et jamais démontrée. Si elle tient, ces pierres seraient le seul document écrit contemporain du monde d'où les ancêtres sont partis, et elles y porteraient leur langue. Elles appartiennent au corpus de Srivijaya, la puissance maritime qui tenait alors les détroits.
Le malgache contient des emprunts au malais et au javanais, notamment dans le vocabulaire maritime et directionnel, indice d'un départ via les réseaux marchands malais.
Les locuteurs barito n'étaient pas un peuple navigateur : les emprunts situent le départ dans les réseaux malais, mais ne disent pas à quel titre on y embarquait.
Le lexique de base du malgache est massivement austronésien (~90 %), rattaché aux langues barito du sud-est de Bornéo, la plus proche étant le ma'anyan.
Établi par la linguistique historique comparée, depuis Dahl (1951).
Le préfixe honorifique ra-, celui de Radama et de Rainilaiarivony, est emprunté au javanais, et l'emprunt s'est fait à Bornéo avant le départ.
Le préfixe se retrouve dans tous les dialectes malgaches, donc il appartenait déjà à la langue avant sa dispersion sur l'île. Or le javanais tenait un rôle hégémonique dans l'histoire ancienne du sud de Kalimantan et n'en a joué aucun à Madagascar : l'emprunt est bien plus vraisemblable en amont du voyage. Il se superpose à un marqueur plus ancien, hérité, que le malgache garde sous les formes i- et z-.
L'identité sociale de ceux qui ont embarqué reste débattue : une élite migrante venue tard avec son modèle de royauté, ou un seul groupe parti d'un coup et composé de plusieurs rangs.
daté-débattu
Le débat ne porte pas sur l'origine, établie au sud-est de Bornéo, mais sur le nombre de départs et sur le rang de ceux qui partaient. Adelaar 2016 écarte pour sa part les captifs de guerre et le travail forcé : le malgache s'était déjà séparé du ma'anyan avant la traversée, ce qui suppose une communauté constituée et non une cargaison. La position d'Ottino est restituée ici d'après la discussion qu'Adelaar en donne, l'ouvrage de 1986 n'ayant pas été consulté directement.
Le malgache porte une strate lexicale bantoue, concentrée sur la faune, l'élevage et la vie matérielle (le zébu omby, du bantou ngombe).
Strate d'emprunts identifiée par la linguistique comparée ; elle signe le contact avec la côte est-africaine sans dater précisément ce contact.

histoire 7

ce que les textes et les traditions rapportent

La nature des Vazimba reste débattue : population humaine antérieure réellement distincte, ou catégorie de la tradition projetée sur le passé des Hautes Terres.
daté-débattu800 – 1600
Le mot a d'abord désigné les ancêtres et les esprits du sol d'avant les royaumes ; la lecture coloniale en a fait un « peuple premier » distinct, que la recherche récente nuance.
Les sorabe (manuscrits malgaches en caractères arabes conservés chez les Antemoro du Sud-Est) consignent la tradition d'une origine remontant à des migrants islamisés se réclamant de La Mecque.
récit1400 – 1700Faublée, J. (1970)
L'existence des manuscrits est un fait matériel ; leur contenu généalogique est un récit d'origine, pas une preuve de celle-ci.
Le premier Européen à voir Madagascar est le Portugais Diogo Dias, le 10 août 1500, il nomme l'île São Lourenço, du saint du jour.
récit1500 – 1530Thomaz, L. F. (2009)
Fondé sur les chroniques portugaises. Position indicative : le point d'atterrage exact n'est pas établi. L'arrivée européenne clôt le peuplement initial, l'île est alors habitée depuis des siècles.
La généalogie royale merina place à son origine deux souveraines, Rafohy et Rangita, rattachées au temps des Vazimba, que leurs successeurs Andriamanelo puis Ralambo supplantent.
récit1500 – 1575Callet, F. (compil.) (1878)
La dynastie merina inscrit ainsi ses propres origines dans le monde vazimba qu'elle dit ensuite avoir dompté : un récit de fondation autant qu'un souvenir.
Les communautés commerçantes d'origine indienne, dites Karana (musulmanes, khoja et bohra) et Banians (hindoues), venues du Gujarat (Kutch, Surat), s'implantent à Madagascar au XIXe siècle par les ports de la côte ouest, Mahajanga en tête.
attesté1840 – 1900Blanchy, S. (1995)
Les deux noms génériques recouvrent en réalité cinq communautés distinctes (Blanchy). Migration commerçante tardive, sans commune mesure démographique avec les vagues austronésienne et bantoue, mais durablement structurante pour le commerce de l'île.
Les raisons du départ depuis l'Asie du Sud-Est (commerce, exil, dérive accidentelle, colonisation délibérée) restent inconnues.
Aucune source textuelle, aucun vestige n'éclaire le motif. Toutes les hypothèses publiées restent des scénarios. Adelaar y ajoute une objection de bon sens qu'aucun d'eux ne lève : la côte est-africaine, riche d'ivoire, d'or et de captifs, avait bien davantage à offrir à des marchands que cette île-ci, et l'on comprend mal qu'ils aient fait tout ce chemin pour l'ignorer.
Dans la tradition des Hautes Terres, les Vazimba sont les premiers occupants du pays, présents avant l'arrivée des ancêtres andriana qui les refoulent ou les absorbent.
Connus par la seule tradition orale, compilée au XIXe siècle ; cf. Andriamanelo, à qui l'on prête la lutte contre les Vazimba. Aucune strate archéologique « vazimba » n'est aujourd'hui isolée.

autre 1

ce qui ne relève d'aucune démarche seule

Le trajet même de la traversée austronésienne reste débattu : route directe à travers l'océan Indien, cabotage le long des côtes, ou étape prolongée en Afrique de l'Est avant le dernier saut.
daté-débattu
Aucune épave, aucun site d'étape n'atteste le chemin ; le débat se joue entre modélisations génétiques, indices linguistiques et archéologie du pourtour. Les trois scénarios ne s'excluent pas entièrement, et plusieurs traversées ont pu emprunter des voies différentes. Précision de sourcing : l'argument de l'absence de flux austronésien sur le pourtour est celui de Brucato et al. 2018 ; l'article de 2019 cité ici est justement celui qui le nuance, en détectant des apports asiatiques en Somalie et au Yémen, mais d'origines et de dates qui n'attestent pas un passage à l'aller. L'argument des proportions est celui de Serva & Pasquini.

Sources