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Traditions

Traditions & origines

Les gestes survivent aux preuves écrites. Comment on traite les morts, ce qu'on chante, ce qu'on s'interdit, comment on lit l'avenir : autant de pratiques vivantes où se lisent, en filigrane, les origines mêlées de l'île.

Ce que les morts commandent

Six pratiques tiennent à un même rapport, celui que les vivants entretiennent avec leurs ancêtres. C’est de là que le reste se déduit.

Les morts plus que les vivants

Pour comprendre une société, on regarde ce qu’elle bâtit pour durer. À Madagascar, ce n’est pas la maison, c’est le tombeau. Dans une grande partie de l'île, le tombeau familial, bâti pour durer, l'emporte en soin et en dépense sur la maison des vivants : il ancre la lignée à la terre des ancêtres, les razana. attesté Bloch Les vivants passent, les razana, les ancêtres, demeurent, et c’est à eux qu’appartient vraiment la terre. Tout le reste, les interdits, les rites, la divination, découle de ce rapport premier aux morts.

Retourner les morts

La pratique la plus connue de l’île tient en un geste : exhumer les ancêtres pour les fêter. Le famadihana, seconde inhumation des Hautes Terres où l'on exhume et réenveloppe les ancêtres dans des linceuls neufs, relève d'une tradition de double funéraille qu'on retrouve dans le monde austronésien, de Sulawesi à Bali. reconstruit Larson Le rapprochement avec Sulawesi ou Bali désigne un air de famille entre pratiques funéraires, non une filiation démontrée, et la suite invite à la prudence : une tradition n’est pas un fossile, elle a sa propre histoire. Sa forme actuelle ne s'est toutefois fixée qu'au XIXe siècle : d'abord rares et variables, les secondes funérailles se généralisent et se standardisent à mesure que se répandent les tombeaux de pierre. attesté Larson Ce que le geste atteste est donc un fonds commun de gestes possibles, pas une coutume transportée intacte depuis la traversée.

Le linceul rouge : le lambamena

Si l’on rouvre la tombe, c’est aussi pour offrir un tissu neuf. Le lambamena, linceul de soie rouge tissé de la soie sauvage du landibe (Borocera), enveloppe les morts et les réenveloppe au famadihana : la richesse offerte aux ancêtres se mesure en soie. attesté Bloch La soie sauvage, endémique, et le métier à tisser venu d’Asie se rejoignent sur le corps du mort : l’étoffe est le dernier luxe que les vivants doivent aux ancêtres.

Les tombes dans la pierre

Si le tombeau prime, c’est qu’il est fait pour défier le temps, et la pierre en est la matière. La pierre est la demeure durable des morts : tombeaux mégalithiques des Hautes Terres, pierres dressées commémoratives (vatolahy, orimbato), tombeaux de pierre sèche du pays bara. attesté Bloch · Manjakahery Le pays bara du Centre-Sud en offre l’expression la plus dense, autour de l’Isalo. Le pays bara du Centre-Sud, où se situe le massif de l'Isalo, est marqué par un mégalithisme funéraire : pierres dressées commémoratives (orimbato) et tombeaux en pierre sèche. attesté Manjakahery L’imaginaire prête volontiers aux morts les parois mêmes des reliefs ; la preuve, elle, s’arrête au mégalithisme.

L’art funéraire du Sud

Poteau funéraire en bois dressé, sculpté d'une superposition de figures géométriques ajourées et surmonté d'une silhouette, photographié sur fond neutre en collection de musée.
Un aloalo mahafaly, poteau funéraire, dans les collections du musée du quai Branly. Il a quitté la tombe qu'il signalait : ce qu'on voit ici est un objet de collection, non un monument en place.Marie-Lan Nguyen, musée du quai Branly (inv. 71.1965.16.22), via Wikimedia Commons, domaine public.

Plus au sud, le rapport aux morts devient sculpture. Dans le Sud, chez les Mahafaly et les Antandroy, la tombe devient œuvre : stèles de bois sculptées (aloalo) dressées sur le tertre, surmontées de figures, et bucranes de zébus sacrifiés au funéraille. attesté Curnow · Escargueil Ici les deux héritages se rejoignent sur la tombe : le bois travaillé d’une main austronésienne, et le zébu venu d’Afrique, dont la corne couronne la sépulture. La mort y appelle l’ouvrage le plus soigné, et la dépense la plus lourde.

Posséder les morts : le tromba

Les morts ne se contentent pas toujours de leur tombe : parfois ils reviennent parler. Le tromba, possession par les esprits des rois sakalava défunts à travers un médium en transe, prolonge les cultes de possession de la rive occidentale de l'océan Indien : une part nettement africaine du religieux malgache. attesté Sharp Avec le tromba, l’axe des origines bascule. Là où le famadihana regardait vers l’Asie, la possession des esprits royaux regarde vers l’Afrique, dont elle prolonge les cultes de la rive d’en face. La même île, deux héritages, selon le geste.

Ce qui dit d’où l’on vient

Le tromba vient de faire basculer l’axe vers l’Afrique. Deux autres héritages, l’un qu’on entend et l’autre qu’on mange, ramènent vers l’Asie.

Le bois qui chante : la valiha

Photographie ancienne en noir et blanc : une femme assise, drapée d'une étoffe claire, tenant contre elle une cithare tubulaire en bambou dont elle pince les cordes des deux mains.
Une joueuse sihanaka photographiée à Antananarivo avant 1912. Les cordes de la valiha sont tirées de l'écorce même du bambou, soulevée sur toute la longueur du tube. Le cliché est de James Sibree, missionnaire britannique qui a beaucoup écrit sur l'île, et dont le regard sur ce qu'il photographie n'est pas neutre.James Sibree (1836-1929), via Wikimedia Commons, domaine public.

La valiha, cithare tubulaire en bambou tenue pour l'instrument national, descend des cithares sur tube de l'Asie du Sud-Est insulaire (telle la sasandu de Roti) : un héritage austronésien aussi parlant que la langue. reconstruit Encyclopædia Britannica Le rapprochement se fait sur la facture de l’instrument, non sur ce qu’on imagine des pirogues : on l’établit comme on établit une parenté de langue, en comparant des pièces.

Le riz, le sol et le repas

L’autre grand legs venu d’Asie n’est pas un objet mais une plante, et tout un monde avec elle. Le riz (vary) est le cœur de l'alimentation et du paysage : la riziculture irriguée, souvent en terrasses, façonne les Hautes Terres, et « manger » se dit littéralement « manger du riz » (mihinam-bary). attesté Crowther Le riz a refait le paysage à son image et donné sa mesure au temps comme à la faim ; il est l’austronésien devenu sol.

Ce qui ne désigne aucun ailleurs

Toutes les traditions ne sont pas des indices d’origine. Les trois qui suivent ne renvoient à aucune rive, et c’est ce qui les rend instructives.

Passer à l’âge d’homme : le famorana

Le premier ne dit rien d’une rive, mais comment on devient un homme. La circoncision des garçons (famorana) est un rite de passage majeur, jadis rythmé à l'échelle du royaume ; il fait entrer l'enfant dans la lignée des ancêtres et dans l'ordre social. attesté Bloch Le rite ne désigne aucun ailleurs : il inscrit l’enfant dans la lignée et, jadis, dans l’ordre du royaume.

La parole ornée : le kabary

Reste ce qui ne s’importe pas. Le kabary, art oratoire codifié fait de proverbes (ohabolana), de métaphores et de détours, règle les grandes occasions de la vie sociale ; l'UNESCO l'a inscrit au patrimoine immatériel en 2021. attesté UNESCO · Haring Le kabary est une manière proprement malgache d’habiter la parole, par le détour, le proverbe et l’allusion. Rien à importer, rien à rapporter : c’est ce que l’île a fait d’elle-même.

La parole en spectacle : le hira gasy

Quand la parole ornée se fait chant, elle devient hira gasy. La tradition attribue la naissance du hira gasy, spectacle des Hautes Terres mêlant discours, chant et danse, au règne d'Andrianampoinimerina (fin du XVIIIe siècle) : des troupes de chanteurs auraient encouragé les grands travaux de rizières et porté la parole royale dans les campagnes. récit Mauro · Maison des Cultures du Monde La tradition en fait un instrument de gouvernement : avant l’archive écrite, la voix des troupes était le canal du pouvoir vers les campagnes. Érigé en coutume ancestrale (fomba), le hira gasy est pourtant une forme métisse et relativement récente : il croise l'art oratoire du kabary, le chant et la danse, et intègre au XIXe siècle des instruments européens, violon, trompette, accordéon. reconstruit Mauro · Maison des Cultures du Monde Le violon et la trompette le disent assez : cette coutume des ancêtres a l’oreille ouverte sur son siècle. Elle n’en est pas moins d’ici, et son nom même l’affirme, chant malgache contre chant étranger. L'UNESCO a inscrit le hiragasy sur la Liste représentative du patrimoine culturel immatériel de l'humanité en décembre 2023 (décision 18.COM 8.B.42), deux ans après le kabary. attesté UNESCO Comme pour le kabary dont il prolonge l’art, la reconnaissance vient couronner non une origine, mais une manière d’être malgache.

Les règles et les savoirs

Restent les systèmes : ce qui ordonne la conduite, et ce qui prétend lire le temps.

Le fady, la grammaire des interdits

Vivre avec les ancêtres, c’est vivre sous leurs règles. Le fady, interdit hérité des ancêtres, régit lieux, aliments, jours et gestes ; le transgresser, c'est rompre avec les razana, et la sanction est d'abord sociale avant d'être surnaturelle. attesté Ruud Le fady n’est pas une superstition résiduelle : c’est un système, qui ordonne le territoire, le calendrier et la table, et qui se transmet, se négocie, se déplace avec les lignages.

Le jeu des rois : le fanorona

Un damier de fanorona gravé dans une dalle de pierre : deux rectangles emboîtés parcourus de lignes droites et de diagonales, la surface usée et lichénisée.
Le plateau gravé dans la pierre à Ambohimanga, colline royale des Hautes Terres, donné pour celui d'Andrianampoinimerina. Le tracé se lit encore : cinq lignes sur neuf, et les diagonales qui font tout le jeu.Olivier Lejade, via Wikimedia Commons, CC BY-SA 2.0.

Entre le sacré et le quotidien, il reste le jeu. Le fanorona, jeu de stratégie sur damier de lignes tenu pour le jeu national, est ancien et lié à la royauté ; on lui prêtait des usages de divination autant que de divertissement. attesté ICGA (International Computer Games Association) Le fanorona tient des deux : on s’y divertit, mais on y lisait aussi l’avenir. La tradition y attache une anecdote de trône perdu sur le damier, que le site ne reprend pas faute de pouvoir la rattacher à une source.

Lire le destin : le vintana

Avant de lire l’avenir, on lit le temps. Le vintana, système du destin qui partage le temps en jours et heures fastes ou néfastes, repose sur douze figures calquées sur les douze mois lunaires arabes ; les noms des jours eux-mêmes (Alahady, Alatsinainy…) sont des emprunts à l'arabe. attesté Beaujard · Faublée Comme le sikidy, le vintana vient d’ailleurs sans en avoir l’air : ses mots mêmes trahissent l’origine arabe d’un savoir devenu si familier qu’on le croit né du sol.

Le sikidy, lire l’avenir

Photographie ancienne : un homme assis en tailleur sur une natte dispose de petits tas de graines en colonnes devant lui ; trois personnes assises autour le regardent faire, parmi un van, une corbeille et un bol.
Un mpisikidy au travail, vers 1900. Les graines sont réparties en colonnes sur la natte, et c'est leur position, non leur nature, qui porte la réponse. Autour, le van, le pilon et la corbeille : la divination se pratique dans la pièce où l'on vit.Auteur inconnu, vers 1900, via Wikimedia Commons, domaine public.

Reste la part la plus savante de cet héritage : la divination. Le sikidy, divination par disposition de graines lue en figures, dérive de la géomancie arabe (ilm al-raml) : il entre par la côte sud-est, et les devins antemoro le consignent dans leurs manuscrits sorabe. attesté Faublée · Beaujard Le sikidy résume à lui seul le propos de cette page. Ce qu’on tient pour le plus profondément malgache, une science des graines et des figures, porte une origine étrangère et datable, naturalisée jusqu’à se faire indigène. L’île n’a jamais cessé d’absorber, puis d’oublier d’où venaient les choses.

Quand le pouvoir tranche

Une tradition ne meurt pas toujours d’elle-même.

L’épreuve du poison : le tangena

Le pouvoir, lui aussi, jugeait par le surnaturel. L'épreuve du tangena, ordalie judiciaire par le poison de la noix de Cerbera, jugeait l'accusé, souvent de sorcellerie : survivre valait innocence, mourir valait culpabilité. Devenue instrument de pouvoir sous Ranavalona Ire, elle fit de très nombreuses victimes avant son interdiction en 1863. attesté Campbell · Ogot L’ordalie n’est pas un marqueur d’origine mais une institution : la justice rendue par le poison, et, sous Ranavalona Ire, une arme. Le siècle qui vient l’abolira, comme il abolira les idoles.

Les idoles brûlées : les sampy

Gravure ancienne : un objet cylindrique emmailloté d'étoffes et de liens, hérissé de pendeloques et de cornes, posé sur un support.
Un sampy du royaume d'Imerina, gravé en 1873 par James Sibree. La date compte : l'image est faite quatre ans après l'autodafé, par un missionnaire de la société même qui avait poussé la cour à brûler ces objets. Elle documente donc ce que son auteur souhaitait voir disparaître.James Sibree, 1873, via Wikimedia Commons, domaine public.

L’autre finit par un feu. Les sampy, talismans-palladiums protecteurs du royaume merina (Kelimalaza, Ramahavaly…), furent brûlés en 1869 par la reine Ranavalona II lors de sa conversion publique au christianisme. attesté Randrianja En brûlant les palladiums du royaume, la cour merina ne détruit pas une superstition : elle change de camp, et fait entrer l’île dans le siècle où l’on choisira pour elle. C’est ici que cette page s’arrête, et qu’une autre, sur la colonisation, devra commencer.

Le registre

Chaque démarche scientifique apporte sa pièce, et son degré de certitude. La même histoire, vue par 4 familles de preuves.

archéologie 2

ce que le sol et les vestiges datent

Le pays bara du Centre-Sud, où se situe le massif de l'Isalo, est marqué par un mégalithisme funéraire : pierres dressées commémoratives (orimbato) et tombeaux en pierre sèche.
La source documente le mégalithisme funéraire bara de la région ; l'image des sépultures dans les parois mêmes de l'Isalo, courante, n'est pas confirmée par une source académique (confiance moyenne).
La pierre est la demeure durable des morts : tombeaux mégalithiques des Hautes Terres, pierres dressées commémoratives (vatolahy, orimbato), tombeaux de pierre sèche du pays bara.
L'image des sépultures logées dans les parois mêmes des reliefs karstiques, courante, reste mal documentée (confiance moyenne) ; le mégalithisme funéraire, lui, est attesté.

linguistique 1

ce que la langue reconstruit

Le vintana, système du destin qui partage le temps en jours et heures fastes ou néfastes, repose sur douze figures calquées sur les douze mois lunaires arabes ; les noms des jours eux-mêmes (Alahady, Alatsinainy…) sont des emprunts à l'arabe.
L'emprunt est lisible à même la langue : le calendrier du destin porte, dans ses mots, la marque de son origine arabo-musulmane. Cousin du sikidy.

ethnographie 10

ce que les pratiques observées et décrites livrent

Le kabary, art oratoire codifié fait de proverbes (ohabolana), de métaphores et de détours, règle les grandes occasions de la vie sociale ; l'UNESCO l'a inscrit au patrimoine immatériel en 2021.
attesté1787 – 2021UNESCO (2021) · Haring, L. (1992)
Contrairement aux autres traditions de cette page, le kabary n'est pas un marqueur d'origine étrangère : c'est un trait propre, où se lit la valeur malgache de la parole indirecte, allusive plutôt que frontale.
Dans le Sud, chez les Mahafaly et les Antandroy, la tombe devient œuvre : stèles de bois sculptées (aloalo) dressées sur le tertre, surmontées de figures, et bucranes de zébus sacrifiés au funéraille.
Le zébu, héritage africain, est au cœur du rite : sa corne sur la tombe dit la richesse offerte aux morts. L'aloalo est aujourd'hui une icône de l'art malgache.
Le fady, interdit hérité des ancêtres, régit lieux, aliments, jours et gestes ; le transgresser, c'est rompre avec les razana, et la sanction est d'abord sociale avant d'être surnaturelle.
Le fady varie d'un lignage et d'une région à l'autre : il n'y a pas un code unique mais une grammaire d'interdits, négociée et vivante.
La circoncision des garçons (famorana) est un rite de passage majeur, jadis rythmé à l'échelle du royaume ; il fait entrer l'enfant dans la lignée des ancêtres et dans l'ordre social.
Comme le kabary, ce n'est pas un marqueur d'origine : un rite de passage, que Bloch a relié au pouvoir royal merina et à son idéologie.
Le fanorona, jeu de stratégie sur damier de lignes tenu pour le jeu national, est ancien et lié à la royauté ; on lui prêtait des usages de divination autant que de divertissement.
Son origine n'est pas tranchée : parenté possible avec l'alquerque venu par les réseaux arabes de l'océan Indien, ou élaboration locale. Le plateau malgache double celui de l'alquerque.
Le lambamena, linceul de soie rouge tissé de la soie sauvage du landibe (Borocera), enveloppe les morts et les réenveloppe au famadihana : la richesse offerte aux ancêtres se mesure en soie.
Le tissage relie l'héritage austronésien (le métier, le lamba) à une matière endémique, la soie sauvage de l'île. Le linceul est l'objet central du retournement des morts.
Le riz (vary) est le cœur de l'alimentation et du paysage : la riziculture irriguée, souvent en terrasses, façonne les Hautes Terres, et « manger » se dit littéralement « manger du riz » (mihinam-bary).
Le riz asiatique, attesté par l'archéobotanique parmi les toutes premières cultures importées, est l'empreinte végétale de l'origine austronésienne devenue institution sociale totale.
Dans une grande partie de l'île, le tombeau familial, bâti pour durer, l'emporte en soin et en dépense sur la maison des vivants : il ancre la lignée à la terre des ancêtres, les razana.
Étude ethnographique des Merina ; le primat du tombeau sur la maison est un trait largement partagé, aux formes variables selon les régions.
Le tromba, possession par les esprits des rois sakalava défunts à travers un médium en transe, prolonge les cultes de possession de la rive occidentale de l'océan Indien : une part nettement africaine du religieux malgache.
Le mot, d'origine sakalava, désigne aujourd'hui par extension la possession dans toute l'île. Il maintient un lien vivant avec les dynasties du Nord-Ouest, héritières du premier empire malgache, de fondation africaine.
La valiha, cithare tubulaire en bambou tenue pour l'instrument national, descend des cithares sur tube de l'Asie du Sud-Est insulaire (telle la sasandu de Roti) : un héritage austronésien aussi parlant que la langue.
Filiation établie par comparaison organologique ; la datation de son arrivée est discutée. La forme ancienne était idiochorde, ses cordes taillées dans l'écorce même du bambou.

histoire 8

ce que les textes et les traditions rapportent

Les sampy, talismans-palladiums protecteurs du royaume merina (Kelimalaza, Ramahavaly…), furent brûlés en 1869 par la reine Ranavalona II lors de sa conversion publique au christianisme.
L'autodafé des sampy marque le basculement de l'Imerina vers le christianisme d'État : une tradition abolie par décret, charnière vers le siècle colonial.
La tradition attribue la naissance du hira gasy, spectacle des Hautes Terres mêlant discours, chant et danse, au règne d'Andrianampoinimerina (fin du XVIIIe siècle) : des troupes de chanteurs auraient encouragé les grands travaux de rizières et porté la parole royale dans les campagnes.
Attribution constante dans la tradition orale mais sans archive d'époque ; les datations proposées vont du XVe au milieu du XIXe siècle selon les sources.
Sa forme actuelle ne s'est toutefois fixée qu'au XIXe siècle : d'abord rares et variables, les secondes funérailles se généralisent et se standardisent à mesure que se répandent les tombeaux de pierre.
attesté1820 – 1900Larson, P. M. (2001)
Une tradition vivante a une histoire : ce que l'on tient pour immémorial s'est en partie façonné au siècle dernier.
L'épreuve du tangena, ordalie judiciaire par le poison de la noix de Cerbera, jugeait l'accusé, souvent de sorcellerie : survivre valait innocence, mourir valait culpabilité. Devenue instrument de pouvoir sous Ranavalona Ire, elle fit de très nombreuses victimes avant son interdiction en 1863.
Pratique ancienne (attestée dès le XVIe siècle), portée à son comble comme outil judiciaire et politique sous Ranavalona Ire. Les estimations de mortalité varient beaucoup et viennent de sources européennes souvent hostiles : Campbell avance jusqu'à ~100 000 morts pour la seule année 1838. La forte chute démographique du règne combine tangena, guerres, travail forcé et maladies, et ne saurait être imputée au seul poison.
L'UNESCO a inscrit le hiragasy sur la Liste représentative du patrimoine culturel immatériel de l'humanité en décembre 2023 (décision 18.COM 8.B.42), deux ans après le kabary.
attesté2023 – 2023UNESCO (2023)
Le famadihana, seconde inhumation des Hautes Terres où l'on exhume et réenveloppe les ancêtres dans des linceuls neufs, relève d'une tradition de double funéraille qu'on retrouve dans le monde austronésien, de Sulawesi à Bali.
Le rapprochement est comparatif : il rattache la pratique à l'héritage austronésien sans en faire un calque immobile. La parenté est de famille, pas de copie.
Érigé en coutume ancestrale (fomba), le hira gasy est pourtant une forme métisse et relativement récente : il croise l'art oratoire du kabary, le chant et la danse, et intègre au XIXe siècle des instruments européens, violon, trompette, accordéon.
Le nom même dit l'auto-définition par contraste : hira gasy, « chant malgache », par opposition au chant vazaha, étranger.
Le sikidy, divination par disposition de graines lue en figures, dérive de la géomancie arabe (ilm al-raml) : il entre par la côte sud-est, et les devins antemoro le consignent dans leurs manuscrits sorabe.
Une tradition réputée « ancestrale » porte une origine datable et située : la science du sable, venue du monde arabo-musulman, naturalisée en malgache.

Sources