Avant le XXe siècle, presque tout ce qui s'écrit sur Madagascar est écrit de l'extérieur : par des géographes arabes, un Vénitien qui ne l'a jamais vue, des navigateurs portugais, des pirates anglais, des savants français. Cette page ne raconte pas l'île, elle interroge ses sources, et leurs angles morts.
Avant l’Europe, des regards lointains
L’île est nommée et devinée de loin bien avant d’être abordée. Le monde arabe la situe,
peut-être, dans sa géographie de l’océan Indien. La géographie arabe médiévale mentionne, au sud de l'océan Indien, des toponymes comme al-Qumr et Waqwaq que plusieurs auteurs ont rapportés à Madagascar ; cette identification est ancienne mais demeure débattue. conjecturalBonner Et son nom
même nous vient d’un texte qui ne l’a jamais vue. Le nom Madagascar apparaît pour la première fois dans le récit de Marco Polo (vers 1298), sous la forme Madeigascar, sans que Polo ait jamais vu l'île ; l'édition critique de Yule et Cordier y signale une probable confusion avec Mogadiscio (Magadoxo). récitYule Le commerce
lointain, lui, laisse des traces matérielles avant tout récit. Vohémar, au nord-est, abrite la civilisation rasikajy : une nécropole de plus de 600 tombes riches en céramiques chinoises, bijoux et pierre ollaire, florissante du XIVe au XVIe siècle. mesuréSchreurs
Les Européens abordent
Le premier regard européen est portugais, et il arrive presque par accident. Le premier Européen à voir Madagascar est le Portugais Diogo Dias, le 10 août 1500, il nomme l'île São Lourenço, du saint du jour. récitThomaz
Les décennies suivantes, récits et cartes portugais fixent un premier nom. Les récits et cartes portugais du XVIe siècle, après l'approche de Diogo Dias en 1500, nomment l'île Ilha de São Lourenço (Saint-Laurent) et y reconnaissent le caractère austronésien des habitants. attestéThomaz
Puis la cartographie du Nord impose celui que nous connaissons. Au XVIIe siècle, la cartographie européenne fixe le nom Madagascar : la carte de Joan Blaeu (1662) porte le titre latin Insula S. Laurentii, vulgo Madagascar, soit l'île de Saint-Laurent communément appelée Madagascar. attestéBlaeu
Le regard anglais : les pirates
Au tournant du XVIIIe siècle, l’île entre dans l’imaginaire anglais par ses repaires de
flibuste, et par un livre qui mêle faits et fable. Madagascar entre dans l'imaginaire anglais au début du XVIIIe siècle par la chronique des pirates de Charles Johnson (A General History of the Pyrates, 1724), qui y place la république utopique de Libertalia, récit tenu pour largement fictif. récitJohnson
Les Français : décrire, puis transformer
C’est la France qui produit les descriptions les plus massives. D’abord décrire, depuis un
fort du Sud. Étienne de Flacourt, gouverneur de Fort-Dauphin (1648-1655), publie en 1658 la première description française d'ensemble de Madagascar : géographie, mœurs du Sud-Est, lexique, faune et flore, dont la première mention du vorompatra, l'oiseau-éléphant. récitFlacourt Puis inventorier, en quarante volumes. Alfred Grandidier traverse trois fois l'île entre 1865 et 1870, puis dirige l'Histoire physique, naturelle et politique de Madagascar, une somme de 39 volumes (1885-1901) qui fonde la connaissance savante de l'île. récitGrandidier · Revue d'histoire des outre-mers
Et parfois, ne plus seulement décrire l’île mais la transformer. Jean Laborde, naufragé arrivé en 1831, gagne la faveur de la reine Ranavalona Ire et bâtit à Mantasoa (1837) un complexe industriel (fonderie, armes, textile, verre) employant des milliers de Malgaches. récitOgot
Toute source est située
Aucun de ces regards n’est neutre : chacun renseigne autant sur celui qui écrit que sur l’île.
L'essentiel de notre savoir écrit sur Madagascar avant le XXe siècle vient d'observateurs extérieurs (administrateurs, missionnaires, militaires, naturalistes) dont le regard renseigne autant sur eux-mêmes que sur l'île. reconstruitRevue d'histoire des outre-mers · Flacourt
Les observateurs, dans le temps et l’espace
De la géographie arabe aux quarante volumes de Grandidier, chaque foyer marque non pas un
événement malgache, mais un point de vue posé sur l’île.
déplacer le curseur · chaque halo est un foyer d'influence, pas une frontière : on ne les connaît pas
Chronologie
Frise · dérivée des assertions datées
950 – 1224La géographie arabe médiévale mentionne, au sud de l'océan Indien, des toponymes comme al-Qumr et Waqwaq que plusieurs auteurs ont rapportés à Madagascar ; cette identification est ancienne mais demeure débattue.conjectural
1298 – 1298Le nom Madagascar apparaît pour la première fois dans le récit de Marco Polo (vers 1298), sous la forme Madeigascar, sans que Polo ait jamais vu l'île ; l'édition critique de Yule et Cordier y signale une probable confusion avec Mogadiscio (Magadoxo).récit
1300 – 1600Vohémar, au nord-est, abrite la civilisation rasikajy : une nécropole de plus de 600 tombes riches en céramiques chinoises, bijoux et pierre ollaire, florissante du XIVe au XVIe siècle.mesuré
1500 – 1530Le premier Européen à voir Madagascar est le Portugais Diogo Dias, le 10 août 1500, il nomme l'île São Lourenço, du saint du jour.récit
1500 – 1600Les récits et cartes portugais du XVIe siècle, après l'approche de Diogo Dias en 1500, nomment l'île Ilha de São Lourenço (Saint-Laurent) et y reconnaissent le caractère austronésien des habitants.attesté
1602 – 1662Au XVIIe siècle, la cartographie européenne fixe le nom Madagascar : la carte de Joan Blaeu (1662) porte le titre latin Insula S. Laurentii, vulgo Madagascar, soit l'île de Saint-Laurent communément appelée Madagascar.attesté
1648 – 1660Étienne de Flacourt, gouverneur de Fort-Dauphin (1648-1655), publie en 1658 la première description française d'ensemble de Madagascar : géographie, mœurs du Sud-Est, lexique, faune et flore, dont la première mention du vorompatra, l'oiseau-éléphant.récit
1690 – 1724Madagascar entre dans l'imaginaire anglais au début du XVIIIe siècle par la chronique des pirates de Charles Johnson (A General History of the Pyrates, 1724), qui y place la république utopique de Libertalia, récit tenu pour largement fictif.récit
1831 – 1878Jean Laborde, naufragé arrivé en 1831, gagne la faveur de la reine Ranavalona Ire et bâtit à Mantasoa (1837) un complexe industriel (fonderie, armes, textile, verre) employant des milliers de Malgaches.récit
1865 – 1901Alfred Grandidier traverse trois fois l'île entre 1865 et 1870, puis dirige l'Histoire physique, naturelle et politique de Madagascar, une somme de 39 volumes (1885-1901) qui fonde la connaissance savante de l'île.récit
Le registre, par discipline
Chaque démarche scientifique apporte sa pièce, et son degré de certitude. La même histoire, vue par 2 familles de preuves.
archéologie 1
ce que le sol et les vestiges datent
Vohémar, au nord-est, abrite la civilisation rasikajy : une nécropole de plus de 600 tombes riches en céramiques chinoises, bijoux et pierre ollaire, florissante du XIVe au XVIe siècle.
Le mobilier funéraire est mesuré ; l'hypothèse d'une communauté d'origine chinoise, elle, reste conjecturale. Déclin dans la seconde moitié du XVIe siècle.
histoire 10
ce que les textes et les traditions rapportent
La géographie arabe médiévale mentionne, au sud de l'océan Indien, des toponymes comme al-Qumr et Waqwaq que plusieurs auteurs ont rapportés à Madagascar ; cette identification est ancienne mais demeure débattue.
Une tradition (Ferrand) identifie Waqwaq / al-Qumr à Madagascar ; d'autres (Kumar) y voient le monde insulindien (Sumatra). Le terme n'est pas tranché.
Le nom Madagascar apparaît pour la première fois dans le récit de Marco Polo (vers 1298), sous la forme Madeigascar, sans que Polo ait jamais vu l'île ; l'édition critique de Yule et Cordier y signale une probable confusion avec Mogadiscio (Magadoxo).
Fondé sur les chroniques portugaises. Position indicative : le point d'atterrage exact n'est pas établi. L'arrivée européenne clôt le peuplement initial, l'île est alors habitée depuis des siècles.
Les récits et cartes portugais du XVIe siècle, après l'approche de Diogo Dias en 1500, nomment l'île Ilha de São Lourenço (Saint-Laurent) et y reconnaissent le caractère austronésien des habitants.
Au XVIIe siècle, la cartographie européenne fixe le nom Madagascar : la carte de Joan Blaeu (1662) porte le titre latin Insula S. Laurentii, vulgo Madagascar, soit l'île de Saint-Laurent communément appelée Madagascar.
La carte de Blaeu s'appuie en partie sur celle du Français Flacourt ; la fixation du nom passe par la cartographie néerlandaise.
Étienne de Flacourt, gouverneur de Fort-Dauphin (1648-1655), publie en 1658 la première description française d'ensemble de Madagascar : géographie, mœurs du Sud-Est, lexique, faune et flore, dont la première mention du vorompatra, l'oiseau-éléphant.
Source fondatrice et témoignage situé : un administrateur de compagnie en guerre contre les populations qu'il décrit. Sa mention du vorompatra nourrit aujourd'hui le dossier de la mégafaune éteinte (cf Peuplement).
Madagascar entre dans l'imaginaire anglais au début du XVIIIe siècle par la chronique des pirates de Charles Johnson (A General History of the Pyrates, 1724), qui y place la république utopique de Libertalia, récit tenu pour largement fictif.
Jean Laborde, naufragé arrivé en 1831, gagne la faveur de la reine Ranavalona Ire et bâtit à Mantasoa (1837) un complexe industriel (fonderie, armes, textile, verre) employant des milliers de Malgaches.
Un regard d'un autre genre : non plus décrire l'île, mais la transformer. Exilé en 1857 à la mort de la reine, il revient consul de France en 1862, la frontière entre aventurier, industriel et agent d'influence est mince.
Alfred Grandidier traverse trois fois l'île entre 1865 et 1870, puis dirige l'Histoire physique, naturelle et politique de Madagascar, une somme de 39 volumes (1885-1901) qui fonde la connaissance savante de l'île.
Œuvre monumentale et naturaliste, mais inséparable du projet colonial : la science qui inventorie l'île est aussi celle qui prépare son annexion (1896).
L'essentiel de notre savoir écrit sur Madagascar avant le XXe siècle vient d'observateurs extérieurs (administrateurs, missionnaires, militaires, naturalistes) dont le regard renseigne autant sur eux-mêmes que sur l'île.
Ce n'est pas un défaut à corriger mais une donnée à intégrer : lire ces sources, c'est lire à travers le filtre de leurs auteurs. La parole malgache, elle, passe surtout par l'oral et les sorabe (cf Peuplement, Géographie historique).