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Géographie historique

Royaumes et comptoirs

Qui tenait quoi, et quand ? Les cartes historiques aiment les frontières nettes ; les preuves, elles, dessinent des foyers (des ports, des cours, des nécropoles) qui s'allument et s'éteignent au fil des siècles.

Ce que l’on peut fouiller

L’histoire politique de l’île se joue longtemps sur ses côtes, branchées sur le grand commerce de l’océan Indien, pendant que l’intérieur reste sans pouvoir territorial connu. Avant le XVIe siècle, aucun État n'est attesté dans l'intérieur de l'île : une paysannerie dispersée, des chefferies locales, pas de pouvoir territorial connu. conjectural Dewar · Niane La première ville naît au nord-ouest, et meurt avant les grands royaumes. Mahilaka, cité marchande islamisée du nord-ouest, est active du Xe au XIVe siècle puis décline et s'efface, la première entité urbaine de l'île disparaît avant l'émergence des grands royaumes. mesuré Radimilahy D’autres comptoirs prennent le relais sur la même côte. Après Mahilaka, un chapelet de comptoirs islamisés (Antalaotra) jalonne la côte nord-ouest (dont Langany puis la baie de Majunga) reliés aux réseaux swahili. mesuré Niane · Radimilahy Au nord-est, une autre fenêtre sur le monde laisse une nécropole. Vohémar, au nord-est, abrite la civilisation rasikajy : une nécropole de plus de 600 tombes riches en céramiques chinoises, bijoux et pierre ollaire, florissante du XIVe au XVIe siècle. mesuré Schreurs

Si tout se joue de ce côté, ce n’est pas que la côte y soit plus hospitalière : c’est qu’elle regarde les Comores et la côte swahili, de l’autre côté du canal. Les comptoirs islamisés du nord de Madagascar prospèrent au XVe siècle par leurs relations avec les Comores et la côte swahili, exportant bois, résines aromatiques, or, riz et captifs acheminés depuis l'intérieur par caravanes. attesté Beaujard La forme de l’île, elle, penche dans l’autre sens, et le décor géologique le raconte : un mur à l’est, une longue pente à l’ouest. Les deux se rencontrent sans que l’un explique l’autre.

Ces foyers ont une chose en commun, et c’est la raison pour laquelle ils ouvrent la page : ce sont des lieux. Une ville, un port, une nécropole se creusent, se datent, se mesurent. L’archéologie n’établit que six des trente-trois assertions de cette page. Quatre portent sur des sites de la côte, une sur ce qu’on ne trouve pas à l’intérieur, la dernière sur des pierres dressées du Sud.

Vase large et bas, translucide et ambré, à panse renflée et lèvre plate, photographié en vitrine sur fond bleu. Un bandeau d'inscription en caractères arabes court sur la panse, encadré de frises gravées plus fines. Des lignes de brisure traversent tout l'objet : il a été cassé puis remonté.
Un vase du cimetière de Vohémar, sur la côte nord-est. Le bandeau qui court sur la panse est en caractères arabes. L'objet est inventorié au centième de gramme et daté, lui, entre le XIIIe et le XVIIe siècle : quatre cents ans d'écart. Il est entré au musée comme don de Guillaume Grandidier, dont le site cite par ailleurs les trente-neuf volumes.Photographie de Marie-Lan Nguyen, via Wikimedia Commons. Objet : musée du quai Branly, inv. 71.1906.21.37, hauteur 15,4 cm., Photographie CC BY 4.0 ; objet dans le domaine public.

Ce que l’on ne fait que se faire raconter

Le Sud-Est voit s’installer des lignées islamisées, porteuses de l’écriture, qui se muent en pouvoirs lettrés, et qui ont leur page. Les Zafiraminia, groupe islamisé porteur de l'écriture sorabe, s'implantent dans le sud-est autour du XIIIe-XIVe siècle selon leurs traditions. récit Faublée Le royaume antemoro, théocratie lettrée héritière des migrations islamisées, se constitue sur la basse Matitanana aux XVe-XVIe siècles. récit Faublée · Ogot À l’ouest, c’est une autre échelle : la première grande construction politique de la côte, puis son essaim au nord-ouest, qui prend les ports. Ces monarchies ont leur page.

Le royaume sakalava du Menabe, fondé au XVIIe siècle par la dynastie Maroseraña, est la première grande construction politique de la côte ouest. récit Ogot Le royaume sakalava du Boina, issu du Menabe, s'établit au nord-ouest vers 1700 et prend le contrôle des ports antalaotra, dont Majunga. récit Ogot

Tard, à l’intérieur, un royaume se structure sur les Hautes Terres. L'Imerina se structure en royaume sur les Hautes Terres à partir du XVIe siècle ; Antananarivo en devient la capitale au XVIIe. récit Ogot Il absorbe ses voisins du Sud. Les principautés betsileo du sud des Hautes Terres se forment aux XVIIe-XVIIIe siècles, avant d'être absorbées par l'expansion merina au début du XIXe. récit Ogot

Aucun de ces royaumes ne repose sur une fouille. On les connaît par des généalogies, des traditions de cour, des compilations écrites après coup. Un royaume n’est pas un objet qu’on déterre : c’est un lien entre des gens, et un lien ne laisse pas de tessons.

D’où un écart qu’il faut regarder en face. Ce que l’archéologie atteint est côtier et marchand. Ce qui unifiera l’île est sur un plateau sans port. Si la géographie commandait la politique, la puissance se serait consolidée là où le commerce accostait. Elle ne l’a pas fait.

Carte gravée du canal du Mozambique. À gauche, la côte africaine porte en capitales une dizaine de noms de royaumes et d'États répartis dans les terres. À droite, Madagascar ne porte que des noms de baies et de caps le long du littoral ; son intérieur n'est occupé que par des rivières, des reliefs et le mot MADAGASCAR.
Une même feuille, deux traitements. Du côté africain, une dizaine de royaumes et d'États sont nommés dans les terres. Du côté malgache, aucun, alors qu'à cette date le Menabe, le Boina, la confédération betsimisaraka et l'Imerina existent tous. Le tracé s'arrête où s'arrête le commerce.Wikimedia Commons (University of Illinois, via DPLA). La feuille ne déclare pas d'auteur ; son cartouche porte « Carte de l'Isle de Madagascar et du Canal de Mozambique », et ses longitudes sont comptées du méridien de Paris., Domaine public.

Le Sud, qui ne ressemble à rien de tout cela

Le tiers sud de l’île tient un monde politique à part, que les cartes des royaumes oublient parce qu’il ne se laisse pas colorier. Au centre-sud, quatre royaumes. Au XIXe siècle, les Bara des plateaux du Centre-Sud étaient organisés en quatre grands royaumes issus de la dynastie Zafimanely : Iantsantsa (Ivohibe), Be (Ihosy, Ranohira), Imamono (Ankazoabo) et Vinda (Benenitra). attesté Manjakahery Plus bas, deux pays où la terre ne rend pas ce qu’on lui demande ailleurs, et où l’on compte en bêtes.

Dans l'Androy, extrême sud aride de Madagascar, un pays difficilement cultivable contraint les Antandroy à vivre surtout d'un élevage extensif d'ovins et de bovins. attesté Fierro Le pays mahafaly, plateau du Sud-Ouest entre l'Onilahy et la Menarandra, se prête presque exclusivement à l'élevage : le Mahafaly est avant tout un éleveur de zébus, le bœuf y constituant la richesse première. attesté Escargueil

La richesse s’y énonce en deux termes, et le second est une personne. À l'époque des royaumes bara, les bœufs et les esclaves constituaient les principales richesses des souverains comme des hommes libres. attesté Manjakahery Ce que cette économie déplace se lit encore dans la composition des peuples de l’Ouest. Les Makoa de l'Ouest malgache descendent d'esclaves importés d'Afrique orientale (nord du Mozambique) par la traite au XIXe siècle ; leur nom dérive de celui des Makhuwa, principal groupe du Mozambique actuel, et ils se sont intégrés à l'aire sakalava. attesté Boyer-Rossol Les morts, eux, sont marqués par la pierre. Le pays bara du Centre-Sud, où se situe le massif de l'Isalo, est marqué par un mégalithisme funéraire : pierres dressées commémoratives (orimbato) et tombeaux en pierre sèche. attesté Manjakahery

Photographie d'une tombe du Sud malgache : une plateforme rectangulaire de pierres brutes bordée d'un muret bas, hérissée de nombreuses cornes de zébu plantées entre les pierres. Au centre, un poteau sculpté surmonté d'un zébu et une figure de femme portant un vase sur la tête ; à droite, une dalle de pierre dressée. Autour, une végétation sèche d'épineux et de baobabs.
Une tombe du Sud, dans la réserve de Berenty. Ce qui la couvre n'est pas un ornement : ce sont les cornes des bêtes abattues aux funérailles, c'est-à-dire la richesse du mort, comptée et exposée. La dalle dressée à droite appartient au même geste que les pierres levées du pays bara. Le site ne peut pas dire si ce monument se tient là où il a été bâti.Moongateclimber, via Wikimedia Commons, CC BY-SA 3.0.

Deux siècles et demi où l’Europe ne tient rien

Vers 1700, l’île devient une plaque tournante de la piraterie de l’océan Indien. L'île Sainte-Marie (Nosy Boraha), au nord-est, est le principal repaire pirate de l'océan Indien entre 1690 et 1730, comptoir d'Adam Baldridge, escale des navires revenant des Indes. mesuré Université de Caen Normandie / CReAAH · Graeber De ce monde métis naît une confédération qui tient toute la côte est, et qui a sa page. Vers 1712, Ratsimilaho (dit fils d'un pirate anglais et d'une reine malgache) fédère la côte est sous le nom de Betsimisaraka (« les nombreux inséparables ») ; ses descendants, les zana-malata, forment une aristocratie métisse. récit Graeber La légende, elle, a brodé là-dessus une utopie qui n’a jamais existé. Libertalia, la « république pirate » libertaire et égalitaire qu'aurait fondée le capitaine Misson au nord de Madagascar, est tenue par les historiens pour une fiction. récit Johnson · Graeber

L’Europe, de son côté, essaie et échoue. Le pays antanosy accueille la première tentative française. Le pays antanosy (région de Tôlanaro / Fort-Dauphin) fut le théâtre de la première colonie française durable de Madagascar, à partir de 1642 ; l'Histoire de la grande isle Madagascar (1658) d'Étienne de Flacourt, gouverneur du fort, en reste l'ouvrage de base pour le Sud-Est au XVIIe siècle. attesté Faublée · Flacourt Elle dure trente et un ans.

Fort-Dauphin (Tôlanaro), fondé en 1643 dans l'extrême sud-est, est le premier établissement français durable de l'île, abandonné en 1674 après l'échec de la colonie. mesuré Flacourt · Ogot
Gravure ancienne. À gauche, un groupe d'Européens en pourpoint et chapeau, dont un assis sur une chaise qui tend un bâton. Au centre, un homme torse nu tient une haute hampe surmontée d'une fleur de lis. À droite, des Malgaches, dont un incliné très bas, bras tendus vers l'homme assis ; derrière eux, des porteurs de charges sur la tête et des zébus qu'on amène. Au fond, un alignement de bâtiments à toit à deux pentes et un mât pavoisé.
La légende gravée sous la planche dit tout : « Reduction des habitans de la province de Carcanossi en l'Isle de Madagascar a l'obeissance du Roy par serment solemnel faict par les Grands et deputez de tout le pais Entre les mains du Sr de Flacourt commandant au fort dauphin, au mois de juin 1652. » Une souveraineté proclamée, un tribut amené, une scène gravée pour être lue à Paris. Vingt-deux ans plus tard le fort est abandonné et il n'en reste rien.Planche de l'Histoire de la grande isle Madagascar d'Étienne de Flacourt, éditée à Paris par Gervais-Clouzier. Numérisation BnF (ark:/12148/btv1b2300689d), médiathèque du musée du quai Branly, via Wikimedia Commons., Domaine public.

La première place que l’Europe tient vraiment est une base navale, et elle arrive tard.

La flotte française occupe la baie de Diego-Suarez (Antsiranana) en 1884 ; un traité de 1885, à l'issue de la guerre franco-hova, l'attribue à la France, qui y développe ensuite une importante base militaire. attesté Rossi

Sainte-Marie n’est pas une colonie mais un mouillage, Libertalia n’est pas un lieu mais un récit, Fort-Dauphin est un comptoir qui ferme. De 1643 à 1884, entre la première implantation et la première base tenue, il s’écoule deux cent quarante et un ans pendant lesquels l’Europe ne détient aucun pouvoir territorial sur cette île. Les royaumes malgaches, eux, s’étendent tout ce temps. On a beaucoup écrit sur le comptoir qui a échoué, et la bibliographie de cette page en garde la trace : les regards extérieurs sont abondants là où le pouvoir était mince.

Un royaume sans côte s’en donne une

L’Imerina n’a pas de mer. Elle en prend une. En 1817, Radama Ier s’empare du port de la côte est qui devient le débouché du royaume. Après sa prise en 1817 par Radama Ier, Toamasina (Tamatave) devient le principal port du royaume merina, fonction qu'elle conserve comme premier port du pays ouvert sur l'océan Indien. attesté The Columbia Encyclopedia Entre ce port et la capitale, il faut franchir la forêt et la falaise, et un peuple se retrouve assis sur la route. Sous la domination merina au XIXe siècle, l'Ankay (pays bezanozano) se trouvait sur l'axe du portage impérial des marchandises entre Antananarivo et la côte est ; ce système de portage par corvée (fanompoana) ne disparut qu'avec l'arrivée du rail et de la route coloniaux, à partir de 1895. reconstruit Campbell Au sud, une capitale administrative est fondée pour tenir ce qui vient d’être conquis.

Fianarantsoa a été fondée vers 1830 par les Merina comme capitale administrative des royaumes betsileo nouvellement conquis ; son nom signifie « bonne éducation » en malgache. attesté Mosca

En un siècle, une colline fortifiée devient une monarchie reconnue par les puissances européennes. Sous Radama Ier, l'Imerina s'étend à la majeure partie de l'île à partir de 1810 et se fait reconnaître « royaume de Madagascar » par les puissances européennes, jusqu'à la conquête française de 1895-1897. récit Ogot

C’est là que la géographie reprend la parole, mais pas comme on l’attendait. Elle n’a pas donné de port à l’Imerina : l’Imerina est allé le chercher, et a fait porter à d’autres ce que la pente lui coûtait. La formule que la tradition prête au souverain qui réunifie le royaume dit exactement cette ambition, et elle l’énonce en unités de rizière : la mer pour limite. Le détail se lit sur la page consacrée aux souverains.

Ceux qui fuient, et où

Une conquête produit des vaincus, et les vaincus vont quelque part. Face à l’expansion merina, un roi du Nord conduit son peuple dans le karst. Face à l'expansion merina, le roi antakarana Tsimiaro conduisit son peuple se réfugier dans les rochers (tsingy) de l'Ankarana en 1837-1838, où il demeura plus d'un an. attesté Campbell Au sud-est, d’autres gagnent des terres où l’on ne les suivra pas. Au XIXe siècle, face à la conquête merina, des Antaisaka se réfugièrent dans les forêts de la falaise puis franchirent le seuil d'Ihosy en repoussant les Bara, certains s'installant jusqu'au bas Mangoky. attesté Defos du Rau Au nord, un groupe se répand lentement sur des espaces que personne ne tient. Aux XIXe et XXe siècles, les Tsimihety se sont lentement répandus du Nord-Est de l'île vers le Nord-Ouest, par une expansion migratoire continue « en tache d'huile ». attesté Deschamps Ailleurs, c’est la forêt qui donne son nom à ceux qui s’y tiennent.

Le nom Tanala (ou Antanala) signifie « ceux de la forêt » (ala) ; ce groupe de la lisière forestière du Sud-Est associe traditionnellement cueillette et riziculture sur brûlis (tavy). attesté Beaujard

Le karst, la forêt, l’aride : ce sont les terrains que l’on ne cultive pas et que l’on ne traverse pas facilement. La géographie ne décide donc pas qui l’emporte, mais elle décide où l’on peut survivre à la défaite. C’est un rôle plus modeste que celui qu’on lui prête d’ordinaire, et il est mieux attesté.

Ce que la carte ne peut pas montrer

La carte ci-dessous demande deux choses à une assertion : un lieu et une date. Sur les trente-trois de cette page, vingt-cinq les ont. Les huit autres manquent à l’appel pour deux raisons différentes, et aucune n’est un oubli.

Un statut tributaire envers un sultanat de la côte africaine serait une relation entre des ports, pas un point sur une côte, et rien ne l’établit. Un statut tributaire des ports malgaches envers le sultanat de Kilwa n'est pas démontré, les liens commerciaux sont attestés, la subordination politique ne l'est pas. conjectural Niane · Radimilahy Le chapelet de comptoirs du nord est un réseau, et un réseau se dessine mal en un endroit. Les grandes appellations d’aujourd’hui ne sont pas des données anciennes mais un processus, qui se cristallise avec ces royaumes. Les ethnonymes actuels (Merina, Betsileo, Sakalava, Tandroy...) se cristallisent avec les royaumes des XVIe-XIXe siècles, les projeter sur les siècles antérieurs est un anachronisme. reconstruit Ogot Libertalia, enfin, n’a pas de coordonnées parce que le lieu est une fiction.

Les quatre autres ont un lieu mais pas de date, et ce sont toutes des assertions du Sud : l’élevage de l’Androy, celui du plateau mahafaly, la forêt qui nomme les Tanala, les pierres dressées du pays bara. Elles ne décrivent pas un événement mais un état durable, que rien ne permet de faire commencer ni finir une année plutôt qu’une autre. Une carte qui avance dans le temps ne sait pas quoi en faire.

Ce qui porte un point a un lieu, ce qui porte un intervalle a une date, et cette page refuse d’inventer l’un comme l’autre. C’est aussi pour cela que la carte ne trace aucune frontière.

Carte gravée ancienne de Madagascar en noir et blanc. Le littoral est bordé de noms de baies, de caps et de forts sur tout son pourtour. L'intérieur ne porte aucun lieu : il est occupé par des hachures figurant une chaîne de montagnes. Deux cartouches ronds portent « Insula Madagascar dicta St Lavrens » et « nunc Insula Dauphine ».
La côte est nommée sur tout son pourtour, l'intérieur ne porte rien qu'une chaîne de montagnes. Au sud de la feuille, Fortdauphin figure encore, alors que l'établissement avait fermé en 1674, cinq ans avant la date portée par la notice. Le second cartouche rebaptise l'île « Insula Dauphine ».Pierre Duval (1619-1682), via Wikimedia Commons (University of Illinois, via DPLA), Domaine public.

La carte, siècle par siècle

Le curseur ouvre et referme les intervalles : chaque entité n’apparaît que sur celui où son existence est documentée. La couleur dit le statut de preuve, du mesuré archéologique au récit dynastique. Aucune frontière n’est tracée : personne ne sait où elles passaient.

déplacer le curseur · chaque halo est un foyer d'influence, pas une frontière : on ne les connaît pas

Chronologie

Frise · dérivée des assertions datées
800 – 1540Avant le XVIe siècle, aucun État n'est attesté dans l'intérieur de l'île : une paysannerie dispersée, des chefferies locales, pas de pouvoir territorial connu.conjectural
900 – 1400Mahilaka, cité marchande islamisée du nord-ouest, est active du Xe au XIVe siècle puis décline et s'efface, la première entité urbaine de l'île disparaît avant l'émergence des grands royaumes.mesuré
1100 – 1500Un statut tributaire des ports malgaches envers le sultanat de Kilwa n'est pas démontré, les liens commerciaux sont attestés, la subordination politique ne l'est pas.conjectural
1250 – 1600Les Zafiraminia, groupe islamisé porteur de l'écriture sorabe, s'implantent dans le sud-est autour du XIIIe-XIVe siècle selon leurs traditions.récit
1300 – 1600Vohémar, au nord-est, abrite la civilisation rasikajy : une nécropole de plus de 600 tombes riches en céramiques chinoises, bijoux et pierre ollaire, florissante du XIVe au XVIe siècle.mesuré
1400 – 1600Les comptoirs islamisés du nord de Madagascar prospèrent au XVe siècle par leurs relations avec les Comores et la côte swahili, exportant bois, résines aromatiques, or, riz et captifs acheminés depuis l'intérieur par caravanes.attesté
1400 – 1700Après Mahilaka, un chapelet de comptoirs islamisés (Antalaotra) jalonne la côte nord-ouest (dont Langany puis la baie de Majunga) reliés aux réseaux swahili.mesuré
1450 – 1850Le royaume antemoro, théocratie lettrée héritière des migrations islamisées, se constitue sur la basse Matitanana aux XVe-XVIe siècles.récit
1540 – 1810L'Imerina se structure en royaume sur les Hautes Terres à partir du XVIe siècle ; Antananarivo en devient la capitale au XVIIe.récit
1540 – 1900Les ethnonymes actuels (Merina, Betsileo, Sakalava, Tandroy...) se cristallisent avec les royaumes des XVIe-XIXe siècles, les projeter sur les siècles antérieurs est un anachronisme.reconstruit
1642 – 1674Le pays antanosy (région de Tôlanaro / Fort-Dauphin) fut le théâtre de la première colonie française durable de Madagascar, à partir de 1642 ; l'Histoire de la grande isle Madagascar (1658) d'Étienne de Flacourt, gouverneur du fort, en reste l'ouvrage de base pour le Sud-Est au XVIIe siècle.attesté
1643 – 1674Fort-Dauphin (Tôlanaro), fondé en 1643 dans l'extrême sud-est, est le premier établissement français durable de l'île, abandonné en 1674 après l'échec de la colonie.mesuré
1650 – 1815Les principautés betsileo du sud des Hautes Terres se forment aux XVIIe-XVIIIe siècles, avant d'être absorbées par l'expansion merina au début du XIXe.récit
1650 – 1900Le royaume sakalava du Menabe, fondé au XVIIe siècle par la dynastie Maroseraña, est la première grande construction politique de la côte ouest.récit
1690 – 1720Libertalia, la « république pirate » libertaire et égalitaire qu'aurait fondée le capitaine Misson au nord de Madagascar, est tenue par les historiens pour une fiction.récit
1690 – 1730L'île Sainte-Marie (Nosy Boraha), au nord-est, est le principal repaire pirate de l'océan Indien entre 1690 et 1730, comptoir d'Adam Baldridge, escale des navires revenant des Indes.mesuré
1690 – 1840Le royaume sakalava du Boina, issu du Menabe, s'établit au nord-ouest vers 1700 et prend le contrôle des ports antalaotra, dont Majunga.récit
1712 – 1820Vers 1712, Ratsimilaho (dit fils d'un pirate anglais et d'une reine malgache) fédère la côte est sous le nom de Betsimisaraka (« les nombreux inséparables ») ; ses descendants, les zana-malata, forment une aristocratie métisse.récit
1800 – 1895Au XIXe siècle, face à la conquête merina, des Antaisaka se réfugièrent dans les forêts de la falaise puis franchirent le seuil d'Ihosy en repoussant les Bara, certains s'installant jusqu'au bas Mangoky.attesté
1800 – 1895À l'époque des royaumes bara, les bœufs et les esclaves constituaient les principales richesses des souverains comme des hommes libres.attesté
1800 – 1900Au XIXe siècle, les Bara des plateaux du Centre-Sud étaient organisés en quatre grands royaumes issus de la dynastie Zafimanely : Iantsantsa (Ivohibe), Be (Ihosy, Ranohira), Imamono (Ankazoabo) et Vinda (Benenitra).attesté
1800 – 1900Les Makoa de l'Ouest malgache descendent d'esclaves importés d'Afrique orientale (nord du Mozambique) par la traite au XIXe siècle ; leur nom dérive de celui des Makhuwa, principal groupe du Mozambique actuel, et ils se sont intégrés à l'aire sakalava.attesté
1800 – 1959Aux XIXe et XXe siècles, les Tsimihety se sont lentement répandus du Nord-Est de l'île vers le Nord-Ouest, par une expansion migratoire continue « en tache d'huile ».attesté
1810 – 1895Sous la domination merina au XIXe siècle, l'Ankay (pays bezanozano) se trouvait sur l'axe du portage impérial des marchandises entre Antananarivo et la côte est ; ce système de portage par corvée (fanompoana) ne disparut qu'avec l'arrivée du rail et de la route coloniaux, à partir de 1895.reconstruit
1810 – 1897Sous Radama Ier, l'Imerina s'étend à la majeure partie de l'île à partir de 1810 et se fait reconnaître « royaume de Madagascar » par les puissances européennes, jusqu'à la conquête française de 1895-1897.récit
1817 – 1895Après sa prise en 1817 par Radama Ier, Toamasina (Tamatave) devient le principal port du royaume merina, fonction qu'elle conserve comme premier port du pays ouvert sur l'océan Indien.attesté
1830 – 1830Fianarantsoa a été fondée vers 1830 par les Merina comme capitale administrative des royaumes betsileo nouvellement conquis ; son nom signifie « bonne éducation » en malgache.attesté
1837 – 1838Face à l'expansion merina, le roi antakarana Tsimiaro conduisit son peuple se réfugier dans les rochers (tsingy) de l'Ankarana en 1837-1838, où il demeura plus d'un an.attesté
1884 – 1900La flotte française occupe la baie de Diego-Suarez (Antsiranana) en 1884 ; un traité de 1885, à l'issue de la guerre franco-hova, l'attribue à la France, qui y développe ensuite une importante base militaire.attesté

Le registre, par discipline

Chaque démarche scientifique apporte sa pièce, et son degré de certitude. La même histoire, vue par 2 familles de preuves.

archéologie 6

ce que le sol et les vestiges datent

Avant le XVIe siècle, aucun État n'est attesté dans l'intérieur de l'île : une paysannerie dispersée, des chefferies locales, pas de pouvoir territorial connu.
Conjecture par absence de preuve, l'archéologie de l'intérieur reste peu explorée ; l'absence d'État attesté n'est pas la preuve d'une absence d'État.
Mahilaka, cité marchande islamisée du nord-ouest, est active du Xe au XIVe siècle puis décline et s'efface, la première entité urbaine de l'île disparaît avant l'émergence des grands royaumes.
mesuré900 – 1400Radimilahy, C. (1998)
Stratigraphie et céramiques importées datent l'occupation ; les causes de l'abandon restent ouvertes.
Vohémar, au nord-est, abrite la civilisation rasikajy : une nécropole de plus de 600 tombes riches en céramiques chinoises, bijoux et pierre ollaire, florissante du XIVe au XVIe siècle.
Le mobilier funéraire est mesuré ; l'hypothèse d'une communauté d'origine chinoise, elle, reste conjecturale. Déclin dans la seconde moitié du XVIe siècle.
Après Mahilaka, un chapelet de comptoirs islamisés (Antalaotra) jalonne la côte nord-ouest (dont Langany puis la baie de Majunga) reliés aux réseaux swahili.
Comptoirs attestés par l'archéologie et les premières descriptions portugaises ; des cités-États, pas des royaumes territoriaux.
L'île Sainte-Marie (Nosy Boraha), au nord-est, est le principal repaire pirate de l'océan Indien entre 1690 et 1730, comptoir d'Adam Baldridge, escale des navires revenant des Indes.
La mission Archéologie de la Piraterie (Caen) fouille depuis les années 2010 une épave coulée vers 1720-1721 et un campement de forbans dans la baie d'Ambodifotatra : plus de 3 300 artefacts remontés, sept à dix épaves estimées.
Le pays bara du Centre-Sud, où se situe le massif de l'Isalo, est marqué par un mégalithisme funéraire : pierres dressées commémoratives (orimbato) et tombeaux en pierre sèche.
La source documente le mégalithisme funéraire bara de la région ; l'image des sépultures dans les parois mêmes de l'Isalo, courante, n'est pas confirmée par une source académique (confiance moyenne).

histoire 27

ce que les textes et les traditions rapportent

Un statut tributaire des ports malgaches envers le sultanat de Kilwa n'est pas démontré, les liens commerciaux sont attestés, la subordination politique ne l'est pas.
L'idée vient surtout de la Chronique de Kilwa, source intéressée qui prêche pour son sultanat... Les importations swahili dans les ports malgaches prouvent l'échange, pas la vassalité.
Les Zafiraminia, groupe islamisé porteur de l'écriture sorabe, s'implantent dans le sud-est autour du XIIIe-XIVe siècle selon leurs traditions.
récit1250 – 1600Faublée, J. (1970)
Chronologie portée par les généalogies des manuscrits, un récit d'origine, dont la datation absolue est invérifiable.
Les comptoirs islamisés du nord de Madagascar prospèrent au XVe siècle par leurs relations avec les Comores et la côte swahili, exportant bois, résines aromatiques, or, riz et captifs acheminés depuis l'intérieur par caravanes.
attesté1400 – 1600Beaujard, P. (2019)
Assertion tirée du résumé publié du chapitre, celui-ci étant sous accès payant : le texte n'a pas été lu. À reprendre sur le chapitre même si l'accès s'ouvre.
Le royaume antemoro, théocratie lettrée héritière des migrations islamisées, se constitue sur la basse Matitanana aux XVe-XVIe siècles.
Ses scribes (katibo) et devins servirent ensuite les autres cours de l'île, l'écriture comme instrument de pouvoir.
L'Imerina se structure en royaume sur les Hautes Terres à partir du XVIe siècle ; Antananarivo en devient la capitale au XVIIe.
récit1540 – 1810Ogot, B. A. (dir.), UNESCO
Chronologie portée par les traditions royales compilées au XIXe siècle (Tantara ny Andriana), précises en généalogies, fragiles en dates absolues.
Les ethnonymes actuels (Merina, Betsileo, Sakalava, Tandroy...) se cristallisent avec les royaumes des XVIe-XIXe siècles, les projeter sur les siècles antérieurs est un anachronisme.
reconstruit1540 – 1900Ogot, B. A. (dir.), UNESCO
Ce sont des identités politiques devenues « ethnies » sous la colonisation. Les cartes (y compris celles des jeux de stratégie) qui peuplent l'île de 1337 avec ces noms écrivent l'histoire à rebours.
Le pays antanosy (région de Tôlanaro / Fort-Dauphin) fut le théâtre de la première colonie française durable de Madagascar, à partir de 1642 ; l'Histoire de la grande isle Madagascar (1658) d'Étienne de Flacourt, gouverneur du fort, en reste l'ouvrage de base pour le Sud-Est au XVIIe siècle.
Fort-Dauphin (Tôlanaro), fondé en 1643 dans l'extrême sud-est, est le premier établissement français durable de l'île, abandonné en 1674 après l'échec de la colonie.
C'est de là qu'Étienne de Flacourt, gouverneur de 1648 à 1655, écrit la première grande description française de l'île, cf la verticale Regards extérieurs.
Les principautés betsileo du sud des Hautes Terres se forment aux XVIIe-XVIIIe siècles, avant d'être absorbées par l'expansion merina au début du XIXe.
récit1650 – 1815Ogot, B. A. (dir.), UNESCO
Plusieurs principautés rivales (Lalangina, Isandra...), jamais un État betsileo unifié.
Le royaume sakalava du Menabe, fondé au XVIIe siècle par la dynastie Maroseraña, est la première grande construction politique de la côte ouest.
récit1650 – 1900Ogot, B. A. (dir.), UNESCO
Connu par les traditions dynastiques et les témoignages européens ; expansion appuyée sur le commerce des bovins et des esclaves contre les armes à feu.
Libertalia, la « république pirate » libertaire et égalitaire qu'aurait fondée le capitaine Misson au nord de Madagascar, est tenue par les historiens pour une fiction.
Source unique : A General History of the Pyrates (1724, sous le pseudonyme Charles Johnson, peut-être Defoe). Aucune trace archivistique d'un capitaine Misson ni d'une colonie Libertalia, alors que presque tous les autres pirates du livre sont documentés. Pas de coordonnées sur la carte : on ne place pas un lieu qui n'a probablement jamais existé.
Le royaume sakalava du Boina, issu du Menabe, s'établit au nord-ouest vers 1700 et prend le contrôle des ports antalaotra, dont Majunga.
récit1690 – 1840Ogot, B. A. (dir.), UNESCO
Les cités-États marchandes passent sous tutelle d'un royaume de l'intérieur, inversion du rapport de force côtier.
Vers 1712, Ratsimilaho (dit fils d'un pirate anglais et d'une reine malgache) fédère la côte est sous le nom de Betsimisaraka (« les nombreux inséparables ») ; ses descendants, les zana-malata, forment une aristocratie métisse.
récit1712 – 1820Graeber, D. (2023)
L'ascendance pirate de Ratsimilaho et la date de 1712 viennent des traditions et de récits européens tardifs ; le fait des zana-malata (métissage avec les flibustiers) est, lui, bien établi. Confédération lâche le long de ~640 km de côte, jamais un État centralisé.
Au XIXe siècle, face à la conquête merina, des Antaisaka se réfugièrent dans les forêts de la falaise puis franchirent le seuil d'Ihosy en repoussant les Bara, certains s'installant jusqu'au bas Mangoky.
attesté1800 – 1895Defos du Rau, J. (1959)
À l'époque des royaumes bara, les bœufs et les esclaves constituaient les principales richesses des souverains comme des hommes libres.
attesté1800 – 1895Manjakahery, B. (2019)
Au XIXe siècle, les Bara des plateaux du Centre-Sud étaient organisés en quatre grands royaumes issus de la dynastie Zafimanely : Iantsantsa (Ivohibe), Be (Ihosy, Ranohira), Imamono (Ankazoabo) et Vinda (Benenitra).
attesté1800 – 1900Manjakahery, B. (2019)
Les Makoa de l'Ouest malgache descendent d'esclaves importés d'Afrique orientale (nord du Mozambique) par la traite au XIXe siècle ; leur nom dérive de celui des Makhuwa, principal groupe du Mozambique actuel, et ils se sont intégrés à l'aire sakalava.
attesté1800 – 1900Boyer-Rossol, K. (2010)
Aux XIXe et XXe siècles, les Tsimihety se sont lentement répandus du Nord-Est de l'île vers le Nord-Ouest, par une expansion migratoire continue « en tache d'huile ».
attesté1800 – 1959Deschamps, H. (1959)
Sous la domination merina au XIXe siècle, l'Ankay (pays bezanozano) se trouvait sur l'axe du portage impérial des marchandises entre Antananarivo et la côte est ; ce système de portage par corvée (fanompoana) ne disparut qu'avec l'arrivée du rail et de la route coloniaux, à partir de 1895.
reconstruit1810 – 1895Campbell, G. (1980)
La source atteste le système de portage impérial et sa fin en 1895 ; la localisation Ankay / Bezanozano relève de l'historiographie standard (confiance moyenne).
Sous Radama Ier, l'Imerina s'étend à la majeure partie de l'île à partir de 1810 et se fait reconnaître « royaume de Madagascar » par les puissances européennes, jusqu'à la conquête française de 1895-1897.
récit1810 – 1897Ogot, B. A. (dir.), UNESCO
Abondamment documenté (traités, archives) ; « majeure partie », le sud et l'ouest sakalava ne furent jamais pleinement soumis.
Après sa prise en 1817 par Radama Ier, Toamasina (Tamatave) devient le principal port du royaume merina, fonction qu'elle conserve comme premier port du pays ouvert sur l'océan Indien.
Fianarantsoa a été fondée vers 1830 par les Merina comme capitale administrative des royaumes betsileo nouvellement conquis ; son nom signifie « bonne éducation » en malgache.
attesté1830 – 1830Mosca, L. (2022)
Face à l'expansion merina, le roi antakarana Tsimiaro conduisit son peuple se réfugier dans les rochers (tsingy) de l'Ankarana en 1837-1838, où il demeura plus d'un an.
attesté1837 – 1838Campbell, G. (2012)
La tradition hésite entre 1837 et 1838 pour l'année du refuge.
La flotte française occupe la baie de Diego-Suarez (Antsiranana) en 1884 ; un traité de 1885, à l'issue de la guerre franco-hova, l'attribue à la France, qui y développe ensuite une importante base militaire.
attesté1884 – 1900Rossi, G. (1973)
Dans l'Androy, extrême sud aride de Madagascar, un pays difficilement cultivable contraint les Antandroy à vivre surtout d'un élevage extensif d'ovins et de bovins.
Le pays mahafaly, plateau du Sud-Ouest entre l'Onilahy et la Menarandra, se prête presque exclusivement à l'élevage : le Mahafaly est avant tout un éleveur de zébus, le bœuf y constituant la richesse première.
Le nom Tanala (ou Antanala) signifie « ceux de la forêt » (ala) ; ce groupe de la lisière forestière du Sud-Est associe traditionnellement cueillette et riziculture sur brûlis (tavy).

Sources