Les foko · Hautes Terres centrales (Antananarivo)
Merina
Groupe des Hautes Terres centrales ; foyer du royaume d'Imerina puis du royaume de Madagascar au XIXe siècle.
« Merina » est l'un des dix-huit foko : un découpage tardif, pas une origine.Pourquoi dix-huit ?
Sur la carte
déplacer le curseur · chaque halo est un foyer d'influence, pas une frontière : on ne les connaît pas
Au fil du temps
Frise · dérivée des assertions datées
800 – 1600La nature des Vazimba reste débattue : population humaine antérieure réellement distincte, ou catégorie de la tradition projetée sur le passé des Hautes Terres.daté-débattu
1500 – 1575La généalogie royale merina place à son origine deux souveraines, Rafohy et Rangita, rattachées au temps des Vazimba, que leurs successeurs Andriamanelo puis Ralambo supplantent.récit
1540 – 1575Andriamanelo (règne traditionnel ~1540-1575) est tenu pour le fondateur de la lignée merina ; on lui prête la lutte contre les Vazimba, premiers occupants des Hautes Terres.récit
1540 – 1810L'Imerina se structure en royaume sur les Hautes Terres à partir du XVIe siècle ; Antananarivo en devient la capitale au XVIIe.récit
1575 – 1612Ralambo (~1575-1612) aurait donné son nom à l'« Imerina », levé la première armée permanente et institué le culte des sampy (talismans royaux).récit
1612 – 1630Andrianjaka (~1612-1630) se serait emparé de la colline d'Analamanga pour y fonder Antananarivo (« la ville des mille ») et y établir le premier rova royal.récit
1675 – 1710Andriamasinavalona (~1675-1710) aurait porté l'Imerina à son apogée, puis l'aurait partagé entre ses quatre fils, semant une division qui durera près de quatre-vingts ans.récit
1700 – 1869Les sampy, talismans-palladiums protecteurs du royaume merina (Kelimalaza, Ramahavaly…), furent brûlés en 1869 par la reine Ranavalona II lors de sa conversion publique au christianisme.attesté
1710 – 1787De ~1710 à 1787, l'Imerina reste morcelé en quatre royaumes rivaux, avant sa réunification par Andrianampoinimerina.récit
1787 – 1810Andrianampoinimerina (~1787-1810) réunifie l'Imerina et pose son ambition en formule restée célèbre : « la mer pour limite de ma rizière ».récit
1787 – 1810La tradition attribue la naissance du hira gasy, spectacle des Hautes Terres mêlant discours, chant et danse, au règne d'Andrianampoinimerina (fin du XVIIIe siècle) : des troupes de chanteurs auraient encouragé les grands travaux de rizières et porté la parole royale dans les campagnes.récit
1787 – 2021Le kabary, art oratoire codifié fait de proverbes (ohabolana), de métaphores et de détours, règle les grandes occasions de la vie sociale ; l'UNESCO l'a inscrit au patrimoine immatériel en 2021.attesté
1810 – 1828Radama Ier (1810-1828) ouvre le royaume à l'extérieur : traité avec les Britanniques (1817), missionnaires de la London Missionary Society, et adoption de l'alphabet latin pour écrire le malgache.attesté
1810 – 1897Sous Radama Ier, l'Imerina s'étend à la majeure partie de l'île à partir de 1810 et se fait reconnaître « royaume de Madagascar » par les puissances européennes, jusqu'à la conquête française de 1895-1897.récit
1820 – 1900Vers 1820, l'expansion de Radama Ier atteint le pays sakalava ; le roi Andriantsoly fuit vers le nord en abandonnant les reliques royales, et ses descendants se divisent en deux segments dynastiques rivaux, Bemihisatra et Bemazava, dont l'antagonisme reste vivace jusqu'à aujourd'hui.attesté
1820 – 1900Sa forme actuelle ne s'est toutefois fixée qu'au XIXe siècle : d'abord rares et variables, les secondes funérailles se généralisent et se standardisent à mesure que se répandent les tombeaux de pierre.attesté
1828 – 1861Ranavalona Ire (1828-1861) renverse la politique d'ouverture : elle expulse les missionnaires, persécute les convertis chrétiens et défend l'autonomie du royaume, tout en faisant industrialiser l'Imerina par Jean Laborde à Mantasoa.attesté
1828 – 1863L'épreuve du tangena, ordalie judiciaire par le poison de la noix de Cerbera, jugeait l'accusé, souvent de sorcellerie : survivre valait innocence, mourir valait culpabilité. Devenue instrument de pouvoir sous Ranavalona Ire, elle fit de très nombreuses victimes avant son interdiction en 1863.attesté
1861 – 1863Radama II (1861-1863) rouvre le royaume aux Européens et signe la controversée Charte Lambert, avant d'être renversé et assassiné après moins de deux ans de règne.attesté
1863 – 1868Rasoherina (1863-1868) règne sous une monarchie devenue constitutionnelle de fait : le pouvoir glisse vers le Premier ministre, qu'elle épouse.attesté
1864 – 1895Le Premier ministre Rainilaiarivony exerce le pouvoir réel de 1864 à 1895 : il épouse successivement les trois dernières reines et dirige l'État jusqu'à la conquête française.attesté
1868 – 1883Ranavalona II (1868-1883) se convertit au christianisme et fait brûler les sampy, les talismans royaux, en 1869, faisant du protestantisme la religion de la cour.attesté
1883 – 1897Ranavalona III (1883-1897), dernière souveraine, voit la France conquérir le royaume ; elle est déposée et exilée, d'abord à La Réunion puis à Alger, où elle meurt en 1917.attesté
1897 – 1917En exil, Ranavalona III gagne en France une popularité que la presse illustrée entretient, mais son image de reine s'y efface au profit de celle de la femme et de la mère ; sa photographie circule parmi les cartes à collectionner des biscuits Lefèvre-Utile, dans une série de plus de cent « célébrités contemporaines » où figurent acteurs, poètes et premiers aviateurs. Son isolement est l'œuvre du général Gallieni.attesté
1917 – 1938Morte à Alger en 1917, Ranavalona III y reste inhumée vingt et un ans ; ses cendres ne sont ramenées à Madagascar qu'en octobre 1938, le maintien de la défunte loin de la terre des ancêtres ayant fini par poser question dans l'île.attesté
2023 – 2023L'UNESCO a inscrit le hiragasy sur la Liste représentative du patrimoine culturel immatériel de l'humanité en décembre 2023 (décision 18.COM 8.B.42), deux ans après le kabary.attesté
Le registre
Chaque démarche scientifique apporte sa pièce, et son degré de certitude. La même histoire, vue par 3 familles de preuves.
archéologie 1
ce que le sol et les vestiges datent
La pierre est la demeure durable des morts : tombeaux mégalithiques des Hautes Terres, pierres dressées commémoratives (vatolahy, orimbato), tombeaux de pierre sèche du pays bara.
ethnographie 8
ce que les pratiques observées et décrites livrent
Le kabary, art oratoire codifié fait de proverbes (ohabolana), de métaphores et de détours, règle les grandes occasions de la vie sociale ; l'UNESCO l'a inscrit au patrimoine immatériel en 2021.
Les feuilles du tapia sont le fourrage de prédilection d'un ver à soie endémique, Borocera madagascariensis, le landibe, dont les cocons sont ramassés à la main deux fois l'an, cuits, filés et tissés en lambamena, les linceuls des funérailles et des retournements de morts.
La circoncision des garçons (famorana) est un rite de passage majeur, jadis rythmé à l'échelle du royaume ; il fait entrer l'enfant dans la lignée des ancêtres et dans l'ordre social.
Le fanorona, jeu de stratégie sur damier de lignes tenu pour le jeu national, est ancien et lié à la royauté ; on lui prêtait des usages de divination autant que de divertissement.
Le lambamena, linceul de soie rouge tissé de la soie sauvage du landibe (Borocera), enveloppe les morts et les réenveloppe au famadihana : la richesse offerte aux ancêtres se mesure en soie.
Le riz (vary) est le cœur de l'alimentation et du paysage : la riziculture irriguée, souvent en terrasses, façonne les Hautes Terres, et « manger » se dit littéralement « manger du riz » (mihinam-bary).
Dans une grande partie de l'île, le tombeau familial, bâti pour durer, l'emporte en soin et en dépense sur la maison des vivants : il ancre la lignée à la terre des ancêtres, les razana.
La valiha, cithare tubulaire en bambou tenue pour l'instrument national, descend des cithares sur tube de l'Asie du Sud-Est insulaire (telle la sasandu de Roti) : un héritage austronésien aussi parlant que la langue.
histoire 31
ce que les textes et les traditions rapportent
La nature des Vazimba reste débattue : population humaine antérieure réellement distincte, ou catégorie de la tradition projetée sur le passé des Hautes Terres.
La généalogie royale merina place à son origine deux souveraines, Rafohy et Rangita, rattachées au temps des Vazimba, que leurs successeurs Andriamanelo puis Ralambo supplantent.
Andriamanelo (règne traditionnel ~1540-1575) est tenu pour le fondateur de la lignée merina ; on lui prête la lutte contre les Vazimba, premiers occupants des Hautes Terres.
L'Imerina se structure en royaume sur les Hautes Terres à partir du XVIe siècle ; Antananarivo en devient la capitale au XVIIe.
Ralambo (~1575-1612) aurait donné son nom à l'« Imerina », levé la première armée permanente et institué le culte des sampy (talismans royaux).
Andrianjaka (~1612-1630) se serait emparé de la colline d'Analamanga pour y fonder Antananarivo (« la ville des mille ») et y établir le premier rova royal.
Andriamasinavalona (~1675-1710) aurait porté l'Imerina à son apogée, puis l'aurait partagé entre ses quatre fils, semant une division qui durera près de quatre-vingts ans.
Les sampy, talismans-palladiums protecteurs du royaume merina (Kelimalaza, Ramahavaly…), furent brûlés en 1869 par la reine Ranavalona II lors de sa conversion publique au christianisme.
De ~1710 à 1787, l'Imerina reste morcelé en quatre royaumes rivaux, avant sa réunification par Andrianampoinimerina.
Andrianampoinimerina (~1787-1810) réunifie l'Imerina et pose son ambition en formule restée célèbre : « la mer pour limite de ma rizière ».
La tradition attribue la naissance du hira gasy, spectacle des Hautes Terres mêlant discours, chant et danse, au règne d'Andrianampoinimerina (fin du XVIIIe siècle) : des troupes de chanteurs auraient encouragé les grands travaux de rizières et porté la parole royale dans les campagnes.
Radama Ier (1810-1828) ouvre le royaume à l'extérieur : traité avec les Britanniques (1817), missionnaires de la London Missionary Society, et adoption de l'alphabet latin pour écrire le malgache.
Sous Radama Ier, l'Imerina s'étend à la majeure partie de l'île à partir de 1810 et se fait reconnaître « royaume de Madagascar » par les puissances européennes, jusqu'à la conquête française de 1895-1897.
Vers 1820, l'expansion de Radama Ier atteint le pays sakalava ; le roi Andriantsoly fuit vers le nord en abandonnant les reliques royales, et ses descendants se divisent en deux segments dynastiques rivaux, Bemihisatra et Bemazava, dont l'antagonisme reste vivace jusqu'à aujourd'hui.
Sa forme actuelle ne s'est toutefois fixée qu'au XIXe siècle : d'abord rares et variables, les secondes funérailles se généralisent et se standardisent à mesure que se répandent les tombeaux de pierre.
Ranavalona Ire (1828-1861) renverse la politique d'ouverture : elle expulse les missionnaires, persécute les convertis chrétiens et défend l'autonomie du royaume, tout en faisant industrialiser l'Imerina par Jean Laborde à Mantasoa.
L'épreuve du tangena, ordalie judiciaire par le poison de la noix de Cerbera, jugeait l'accusé, souvent de sorcellerie : survivre valait innocence, mourir valait culpabilité. Devenue instrument de pouvoir sous Ranavalona Ire, elle fit de très nombreuses victimes avant son interdiction en 1863.
Radama II (1861-1863) rouvre le royaume aux Européens et signe la controversée Charte Lambert, avant d'être renversé et assassiné après moins de deux ans de règne.
Rasoherina (1863-1868) règne sous une monarchie devenue constitutionnelle de fait : le pouvoir glisse vers le Premier ministre, qu'elle épouse.
Le Premier ministre Rainilaiarivony exerce le pouvoir réel de 1864 à 1895 : il épouse successivement les trois dernières reines et dirige l'État jusqu'à la conquête française.
Ranavalona II (1868-1883) se convertit au christianisme et fait brûler les sampy, les talismans royaux, en 1869, faisant du protestantisme la religion de la cour.
Ranavalona III (1883-1897), dernière souveraine, voit la France conquérir le royaume ; elle est déposée et exilée, d'abord à La Réunion puis à Alger, où elle meurt en 1917.
En exil, Ranavalona III gagne en France une popularité que la presse illustrée entretient, mais son image de reine s'y efface au profit de celle de la femme et de la mère ; sa photographie circule parmi les cartes à collectionner des biscuits Lefèvre-Utile, dans une série de plus de cent « célébrités contemporaines » où figurent acteurs, poètes et premiers aviateurs. Son isolement est l'œuvre du général Gallieni.
Morte à Alger en 1917, Ranavalona III y reste inhumée vingt et un ans ; ses cendres ne sont ramenées à Madagascar qu'en octobre 1938, le maintien de la défunte loin de la terre des ancêtres ayant fini par poser question dans l'île.
L'UNESCO a inscrit le hiragasy sur la Liste représentative du patrimoine culturel immatériel de l'humanité en décembre 2023 (décision 18.COM 8.B.42), deux ans après le kabary.
Le brûlage régulier de ces bois favorise le tapia, qui résiste au feu, et sert la récolte de soie en réduisant les populations d'une fourmi parasite du ver ; les forestiers coloniaux ont consigné ces pratiques avec réprobation.
La couronne qui surmontait le dais royal de Ranavalona III, emportée en 1897 et exposée au musée de l'Armée à Paris depuis 1910, est remise à Madagascar le 5 novembre 2020, pour l'inauguration du Rova d'Antananarivo restauré. Le geste est fait sous la forme d'un dépôt et non d'une restitution, il est contesté en France, et une proposition de loi est déposée le 4 mai 2021 pour la restituer en propre.
Tout ce qu'on sait des règnes antérieurs à 1810 vient du Tantara ny Andriana, vaste compilation des traditions merina rassemblée par le père Callet entre 1878 et 1881.
Le famadihana, seconde inhumation des Hautes Terres où l'on exhume et réenveloppe les ancêtres dans des linceuls neufs, relève d'une tradition de double funéraille qu'on retrouve dans le monde austronésien, de Sulawesi à Bali.
Érigé en coutume ancestrale (fomba), le hira gasy est pourtant une forme métisse et relativement récente : il croise l'art oratoire du kabary, le chant et la danse, et intègre au XIXe siècle des instruments européens, violon, trompette, accordéon.
Dans la tradition des Hautes Terres, les Vazimba sont les premiers occupants du pays, présents avant l'arrivée des ancêtres andriana qui les refoulent ou les absorbent.
Sources
- synthèsepaywallAldrich, R. (2018). The French and the queen of Madagascar (in Banished Potentates)
- primaireAssemblée nationale (2021). Proposition de loi n° 4133 relative à la restitution de la couronne du dais de la reine Ranavalona III à la République de Madagascar, déposée le 4 mai 2021
- synthèseBallarin, M.-P. (2020). L'enjeu des reliquaires royaux sakalava (Ouest de Madagascar, XVIIIe-XXIe siècle)
- primairepaywallBloch, M. (1971). Placing the Dead: Tombs, Ancestral Villages and Kinship Organization in Madagascar
- synthèsepaywallBloch, M. (1986). From Blessing to Violence: History and Ideology in the Circumcision Ritual of the Merina of Madagascar
- primaireCallet, F. (compil.) (1878). Tantara ny Andriana eto Madagasikara (Histoire des rois d'Imerina)
- synthèsepaywallCampbell, G. (1991). The state and pre-colonial demographic history of Madagascar
- primaireCrowther, A. et al. (2016). Ancient crops provide first archaeological signature of the westward Austronesian expansion
- synthèseDeschamps, H. (1959). Les migrations intérieures à Madagascar
- vulgarisationEncyclopædia Britannica. Valiha (tube zither)
- synthèseGaran, F. (2020). Le retour des cendres de la reine Ranavalona III à Madagascar (octobre 1938)
- synthèseGaran, F. (2021). L'exil de Ranavalona III, dernière reine de Madagascar
- synthèsepaywallHaring, L. (1992). Verbal Arts in Madagascar: Performance in Historical Perspective
- vulgarisationICGA (International Computer Games Association). Fanorona (histoire du jeu)
- primaireKull, C. A. (2002). The « degraded » tapia woodlands of highland Madagascar: rural economy, fire ecology, and forest conservation
- synthèsepaywallLarson, P. M. (2001). Austronesian Mortuary Ritual in History: Transformations of Secondary Burial (Famadihana) in Highland Madagascar
- vulgarisationpaywallLe Monde (2020). La France remet à Madagascar la couronne ornant le dais de la reine Ranavalona III (5 novembre 2020)
- vulgarisationMaison des Cultures du Monde. Le hira gasy, l'opéra des champs
- primaireManjakahery, B. (2017). Contribution à l'étude du mégalithisme à Madagascar : l'exemple des populations Bara
- primairepaywallMauro, D. (2001). Madagascar, l'opéra du peuple. Anthropologie d'un fait social total : l'art Hira Gasy entre tradition et rébellion
- synthèseOgot, B. A. (dir.), UNESCO. Histoire générale de l'Afrique, V : L'Afrique du XVIe au XVIIIe siècle
- synthèsepaywallRandrianja, S. & Ellis, S. (2009). Madagascar: A Short History
- synthèseRazafindrazaka, H. et al. (CNRS / Ministère de la Culture). Les Vazimba et le peuplement malgache (programme MAFMAD)
- synthèseUNESCO (2023). Le Hiragasy, art du spectacle des Hautes terres Centrales de Madagascar (Patrimoine culturel immatériel)
- synthèseUNESCO (2021). Le kabary malgache, art oratoire malgache (Patrimoine culturel immatériel)