Les foko · Ouest et nord-ouest
Sakalava
Ensemble de l'Ouest issu des royaumes maroseraña du Menabe puis du Boina ; nom lié à une construction politique plus qu'à une origine unique.
« Sakalava » est l'un des dix-huit foko : un découpage tardif, pas une origine.Pourquoi dix-huit ?
Sur la carte
déplacer le curseur · chaque halo est un foyer d'influence, pas une frontière : on ne les connaît pas
Au fil du temps
Frise · dérivée des assertions datées
1650 – 1820Les monarchies sakalava de l'Ouest (Fiherena, Menabe, Boina, Nord-Ouest) procèdent d'un même groupe royal, les Maroseraña : les conflits de succession y sont résolus par le départ des cadets évincés, qui vont conquérir de nouveaux espaces plutôt que de disputer l'ancien.attesté
1650 – 1900Le royaume sakalava du Menabe, fondé au XVIIe siècle par la dynastie Maroseraña, est la première grande construction politique de la côte ouest.récit
1690 – 1840Le royaume sakalava du Boina, issu du Menabe, s'établit au nord-ouest vers 1700 et prend le contrôle des ports antalaotra, dont Majunga.récit
1700 – 1900Le pouvoir sakalava a son fondement idéologique dans des reliques fabriquées à partir des corps des souverains, pratique devenue la règle au XVIIIe siècle avec la formation des grandes monarchies. À Majunga, dans le Boina, les reliquaires sont dits « Andriamisara efa dahy » et rangés parmi les « raha sarotra », les choses précieuses et dangereuses, terme qui désigne aussi la dépouille royale.attesté
1800 – 1900Les Makoa de l'Ouest malgache descendent d'esclaves importés d'Afrique orientale (nord du Mozambique) par la traite au XIXe siècle ; leur nom dérive de celui des Makhuwa, principal groupe du Mozambique actuel, et ils se sont intégrés à l'aire sakalava.attesté
1820 – 1900Vers 1820, l'expansion de Radama Ier atteint le pays sakalava ; le roi Andriantsoly fuit vers le nord en abandonnant les reliques royales, et ses descendants se divisent en deux segments dynastiques rivaux, Bemihisatra et Bemazava, dont l'antagonisme reste vivace jusqu'à aujourd'hui.attesté
1897 – 1910L'administration coloniale française a tenu les reliquaires sakalava pour un levier politique. Vers 1897, le lieutenant Benevent note que « la possession de ces mânes équivaut à l'assurance de la fidélité de presque tout le pays » ; les reliques sont ensuite restituées officiellement aux Sakalava du Nord-Ouest « en gage d'obéissance et soumission », une cérémonie dont un rapport se félicite qu'elle augmente « considérablement » le prestige français.attesté
Le registre
Chaque démarche scientifique apporte sa pièce, et son degré de certitude. La même histoire, vue par 2 familles de preuves.
ethnographie 2
ce que les pratiques observées et décrites livrent
Le fitampoha, cérémonie de la monarchie sakalava du Menabe, a pour apogée le bain des reliques royales dans le fleuve Tsiribihina.
Le tromba, possession par les esprits des rois sakalava défunts à travers un médium en transe, prolonge les cultes de possession de la rive occidentale de l'océan Indien : une part nettement africaine du religieux malgache.
histoire 8
ce que les textes et les traditions rapportent
Les monarchies sakalava de l'Ouest (Fiherena, Menabe, Boina, Nord-Ouest) procèdent d'un même groupe royal, les Maroseraña : les conflits de succession y sont résolus par le départ des cadets évincés, qui vont conquérir de nouveaux espaces plutôt que de disputer l'ancien.
Le royaume sakalava du Menabe, fondé au XVIIe siècle par la dynastie Maroseraña, est la première grande construction politique de la côte ouest.
Le royaume sakalava du Boina, issu du Menabe, s'établit au nord-ouest vers 1700 et prend le contrôle des ports antalaotra, dont Majunga.
Le pouvoir sakalava a son fondement idéologique dans des reliques fabriquées à partir des corps des souverains, pratique devenue la règle au XVIIIe siècle avec la formation des grandes monarchies. À Majunga, dans le Boina, les reliquaires sont dits « Andriamisara efa dahy » et rangés parmi les « raha sarotra », les choses précieuses et dangereuses, terme qui désigne aussi la dépouille royale.
Les Makoa de l'Ouest malgache descendent d'esclaves importés d'Afrique orientale (nord du Mozambique) par la traite au XIXe siècle ; leur nom dérive de celui des Makhuwa, principal groupe du Mozambique actuel, et ils se sont intégrés à l'aire sakalava.
Vers 1820, l'expansion de Radama Ier atteint le pays sakalava ; le roi Andriantsoly fuit vers le nord en abandonnant les reliques royales, et ses descendants se divisent en deux segments dynastiques rivaux, Bemihisatra et Bemazava, dont l'antagonisme reste vivace jusqu'à aujourd'hui.
L'administration coloniale française a tenu les reliquaires sakalava pour un levier politique. Vers 1897, le lieutenant Benevent note que « la possession de ces mânes équivaut à l'assurance de la fidélité de presque tout le pays » ; les reliques sont ensuite restituées officiellement aux Sakalava du Nord-Ouest « en gage d'obéissance et soumission », une cérémonie dont un rapport se félicite qu'elle augmente « considérablement » le prestige français.
Le roi Toera, dernier souverain du Menabe, est tué en 1897 lors des opérations dites de pacification, et des crânes de guerriers sakalava sont emportés en France. Une demande de prélèvement ADN est adressée au Muséum national d'histoire naturelle en juin 2014 pour établir si l'un d'eux est le sien ; le 26 août 2025, la France restitue trois crânes à Madagascar, dont celui présumé du roi, en première application de la loi de 2023 sur les restes humains.
Sources
- synthèseBallarin, M.-P. (2020). L'enjeu des reliquaires royaux sakalava (Ouest de Madagascar, XVIIIe-XXIe siècle)
- primairepaywallBoyer-Rossol, K. (2010). Les Makoa en pays sakalava : une ancestralité entre deux rives (Ouest de Madagascar, XIXe-XXe siècles)
- primaireMinistère de la Culture (2025). Trois crânes sakalava restitués à Madagascar (communiqué du 26 août 2025)
- synthèseOgot, B. A. (dir.), UNESCO. Histoire générale de l'Afrique, V : L'Afrique du XVIe au XVIIIe siècle
- primaireSharp, L. A. (1993). The Possessed and the Dispossessed: Spirits, Identity, and Power in a Madagascar Migrant Town