Des bœufs, du riz, de l'argent coupé, et des hommes. Pendant des siècles, l'île a vendu des captifs aux comptoirs et aux îles voisines ; au XIXe siècle, elle se met à en acheter.
Ce que l’on possédait
Une phrase sur le pays bara dit l’essentiel de ce que cette page doit établir.
À l'époque des royaumes bara, les bœufs et les esclaves constituaient les principales richesses des souverains comme des hommes libres. attestéManjakahery La liste a deux termes, et elle les met au même
rang. Le reste de la page les suit l’un après l’autre, le second plus longtemps que le
premier, parce que c’est lui que les archives ont gardé.
Dans le Sud, le bétail n’est pas un choix parmi d’autres.
Dans l'Androy, extrême sud aride de Madagascar, un pays difficilement cultivable contraint les Antandroy à vivre surtout d'un élevage extensif d'ovins et de bovins. attestéFierroLe pays mahafaly, plateau du Sud-Ouest entre l'Onilahy et la Menarandra, se prête presque exclusivement à l'élevage : le Mahafaly est avant tout un éleveur de zébus, le bœuf y constituant la richesse première. attestéEscargueil Le mot qui le
désigne vient pourtant de l’autre rive du canal, avec une bonne partie du vocabulaire de
l’élevage. Le malgache porte une strate lexicale bantoue, concentrée sur la faune, l'élevage et la vie matérielle (le zébu omby, du bantou ngombe). reconstruitrevue Corps Le bien le plus compté du Sud porte un nom bantou.
L’autre pilier est venu d’Asie.
Les cultures asiatiques (riz, haricot mungo, coton asiatique) apparaissent dans les sites archéologiques malgaches entre le VIIIe et le Xe siècle. mesuréCrowtherLe riz (vary) est le cœur de l'alimentation et du paysage : la riziculture irriguée, souvent en terrasses, façonne les Hautes Terres, et « manger » se dit littéralement « manger du riz » (mihinam-bary). attestéCrowther Ses greniers sont là où l’eau
se commande. Les Sihanaka, peuple du lac Alaotra, ont historiquement maîtrisé l'expansion agricole de cette région (l'un des principaux greniers à riz de Madagascar) par la riziculture irriguée et la pêche. attestéPenot Sur les Hautes Terres, un arbre endémique
porte enfin une production d’une autre nature. Les feuilles du tapia sont le fourrage de prédilection d'un ver à soie endémique, Borocera madagascariensis, le landibe, dont les cocons sont ramassés à la main deux fois l'an, cuits, filés et tissés en lambamena, les linceuls des funérailles et des retournements de morts. attestéKull
Le lambamena, linceul de soie rouge tissé de la soie sauvage du landibe (Borocera), enveloppe les morts et les réenveloppe au famadihana : la richesse offerte aux ancêtres se mesure en soie. attestéBloch
Ce que l’on cultivait pouvait aussi être interdit, et la décision venait d’ailleurs.
L'interdiction coloniale du tavy (riziculture sur brûlis), à partir de 1914, priva les Tanala de leurs moyens de subsistance et provoqua des départs vers l'Ouest et le Sud de l'île. attestéDefos du Rau
L’argent coupé
Quatre poids de fer et neuf fragments de pièces coupées, conservés dans un sac de toile. Ellis décrit quatre poids, pour la moitié, le quart, le huitième et le douzième de la piastre ; ceux-ci sont quatre aussi, mais rien sur la notice ne dit quelle fraction chacun représente. L'un des fragments porte encore des lettres de la pièce dont il a été coupé.Statens museer för världskultur, Stockholm, inv. 0000.00.0711a-n, don de J. Sam Vesterberg, 1887, CC0 (notice Europeana).
Un missionnaire décrit le marché d’Antananarivo. En Imerina, dans les années 1830, les sommes inférieures à une piastre se règlent en argent coupé et pesé : les piastres sont découpées et pesées avec quatre poids de fer, la moitié, le quart, le huitième et le douzième (loso, kirobo, sikajy, roavoamena), et les plus petites sommes se comptent en grains de riz, jusqu'au sept cent vingtième de piastre ; changeurs et marchands de balances tiennent leur place au marché. attestéEllis Le grain de riz comme unité de compte suppose des
balances d’une précision qu’on n’attend pas d’un marché, et une profession entière pour
les tenir. Le témoin est un missionnaire, qui écrit pour des lecteurs anglais ; la
pratique qu’il décrit a laissé des objets.
L’objet ci-contre est entré dans un musée suédois en 1887, un demi-siècle après ce récit.
Il ne date pas la pratique : rien ne dit quand il a été réuni.
Ce marché de l’intérieur est le bout d’une chaîne d’échanges qui commence sur les côtes,
et c’est là que les sources sont les plus anciennes.
Les ports, et ce qu’ils exportaient
Les plus anciennes traces d’échange sont sur la côte nord-ouest. Mahilaka, fondée vers le Xe siècle dans la baie d'Ampasindava, est la première ville connue de Madagascar, un port de commerce intégré aux réseaux swahili de l'océan Indien. mesuréRadimilahyAprès Mahilaka, un chapelet de comptoirs islamisés (Antalaotra) jalonne la côte nord-ouest (dont Langany puis la baie de Majunga) reliés aux réseaux swahili. mesuréNiane · Radimilahy La liste de ce que ces comptoirs
vendaient se termine par un mot qu’on retrouvera jusqu’à la fin de la page.
Les comptoirs islamisés du nord de Madagascar prospèrent au XVe siècle par leurs relations avec les Comores et la côte swahili, exportant bois, résines aromatiques, or, riz et captifs acheminés depuis l'intérieur par caravanes. attestéBeaujard Des captifs, dès le XVe siècle, et acheminés de
l’intérieur : la traite n’est pas un épisode européen greffé sur une économie qui
l’ignorait.
Une subordination de ces ports à Kilwa a été supposée.
Un statut tributaire des ports malgaches envers le sultanat de Kilwa n'est pas démontré, les liens commerciaux sont attestés, la subordination politique ne l'est pas. conjecturalNiane · Radimilahy Les marchands qui tiendront les ports de l’Ouest au XIXe
siècle viendront d’une autre rive encore. Les communautés commerçantes d'origine indienne, dites Karana (musulmanes, khoja et bohra) et Banians (hindoues), venues du Gujarat (Kutch, Surat), s'implantent à Madagascar au XIXe siècle par les ports de la côte ouest, Mahajanga en tête. attestéBlanchy
Vendre des hommes
Au XVIIe siècle, des acheteurs européens viennent du Cap. Depuis Le Cap, la Compagnie néerlandaise des Indes orientales arme plus de cinquante expéditions de traite vers Madagascar, surtout vers la côte ouest, des années 1640 à 1786 ; selon les historiens, les esclaves importés à Cape Town se comptent entre 2 820 environ, pour trente-trois voyages connus, et 3 753. reconstruitReidy · Filliot Puis le nord-est devient un marché tenu par ceux que
l’histoire retient pour autre chose. L'île Sainte-Marie (Nosy Boraha), au nord-est, est le principal repaire pirate de l'océan Indien entre 1690 et 1730, comptoir d'Adam Baldridge, escale des navires revenant des Indes. mesuréUniversité de Caen Normandie / CReAAH · Graeber
Entre 1685 et 1726 environ, les pirates installés sur la côte nord-est se font courtiers de la traite : ils vendent des captifs malgaches aux Arabes du Boina, à des Anglais de Bristol, à des Hollandais de Batavia, à des Français de la Martinique ou à des négociants de New York. attestéFilliot
Le grand débouché du XVIIIe siècle, ce sont les îles à sucre et à café voisines. Le seul
chiffre d’ensemble disponible est une estimation, et son auteur prend soin de dire
comment il l’a construite. Filliot estime à environ 160 000 le nombre d'esclaves arrivés aux Mascareignes de 1670 à 1810, dont quelque 45 % de Malgaches, 40 % d'Africains de la côte orientale, 13 % d'Indiens et 2 % d'Africains de l'Ouest. reconstruitFilliotÀ la fin de l'Ancien Régime, environ un millier d'esclaves par an quittent Madagascar pour les Mascareignes ; sous Decaen, on passe de 1 000 à 1 200 par an de 1802 à 1804 à plus de 2 000 en 1807, chiffre qui reste sans suite. reconstruitFilliot Le total est probablement trop bas, puisque le comptage des
voyages a été relevé depuis, et la proportion pourrait bouger aussi, selon l’origine des
voyages ajoutés. En l’état, près d’un esclave sur deux arrivé aux Mascareignes était
malgache.
Ce commerce se déplace le long de la côte, et ce qui le fait glisser n’est pas la mer mais
l’arrière-pays qui l’alimente. Au XVIIIe siècle, les postes français de traite de la côte est glissent vers le sud : la baie d'Antongil d'abord, alimentée par la puissance sakalava, puis Foulpointe, sur l'arrière-pays sihanaka et bezanozano, enfin Tamatave, débouché des Merina ; Fort-Dauphin ne fournit jamais beaucoup d'esclaves. attestéFilliot Au bout du
mouvement, un nom revient dans tous les rapports, celui d’un plateau sans port.
À partir de 1775 environ, les textes français signalent des esclaves venus de l'Imerina sur la côte est ; en 1790, l'Imerina est donnée comme la région qui fournit le plus d'esclaves aux îles, et en 1807 un agent français estime à 2 000 par an ceux que Tamatave en tire. attestéFilliotJusque vers 1800, les captifs des Hautes Terres changent de mains deux ou trois fois, par des intermédiaires bezanozano et sihanaka, avant d'atteindre la côte ; après 1800, des marchands merina vendent eux-mêmes leurs esclaves à Tamatave. attestéFilliot
La géographie historique relevait qu’un royaume sans port avait
fini par unifier l’île. La traite donne un des chemins par lesquels un plateau peut
s’enrichir de la côte sans la posséder : en vendant vers elle. Filliot y voit un
renforcement des structures royales de l’Imerina. C’est son interprétation, appuyée sur
les rapports qu’il cite ; elle s’accorde avec les chiffres, qui ne suffisent pas à la
démontrer.
1817 : la fin de l’exportation
Le changement de drapeau à l’île de France ne change pas la demande.
Après la conquête britannique de l'île de France en 1810, les esclaves continuent d'arriver de Madagascar en fraude ; le gouverneur Farquhar écrit en février 1811 que sans nouvelle importation d'esclaves, ces îles sont appelées à devenir des déserts. attestéFilliot Sept ans plus tard, un traité tente de tarir l’offre.
Par le traité de Tamatave du 23 octobre 1817, conclu au nom du gouverneur Farquhar, Radama Ier interdit dans tous ses territoires la vente d'esclaves destinés à quitter Madagascar, contre une rétribution annuelle de 1 000 dollars en or, 1 000 dollars en argent, cent barils de poudre, cent mousquets, dix mille pierres à fusil, des uniformes, des étoffes et deux chevaux. attestéEllis · Mutibwa
Les compensations méritent d’être relues : la poudre, les mousquets et les pierres à fusil
pèsent plus lourd que l’or. Le gouverneur l’écrit lui-même, le commerce des esclaves était
la source des armes du roi, et il fallait la remplacer. Ce que le traité verse à Radama,
c’est ce que la traite lui rapportait, sous une autre forme. Le gouverneur intérimaire Hall ayant refusé de verser les subsides, l'accord est rompu, puis renouvelé à Antananarivo le 11 octobre 1820 par l'agent britannique Hastie, Radama exigeant que vingt jeunes sujets soient instruits, dix en Angleterre et dix à Maurice. attestéMutibwa · Ellis
Acheter des hommes
C’est ici que le fil se retourne. Au XIXe siècle, Madagascar, longtemps exportatrice d'esclaves, se met à importer massivement des captifs d'Afrique orientale, que l'île désigne tous par les termes génériques de « Makoa » ou de « Masombika ». attestéBoyer-Rossol · Campbell
Les historiens estiment à au moins 650 000 le nombre de captifs est-africains déportés à Madagascar au XIXe siècle, dont une part, peut-être trente pour cent, fut réexportée vers les autres îles de l'océan Indien occidental. reconstruitBoyer-RossolLes captifs venaient surtout du nord du Mozambique, pays makua et île de Moçambique, et arrivaient par la côte ouest, autour de Majunga ; dans la seconde moitié du siècle, la zone qui va de Morondava à Majunga, Maintirano compris, est un bastion de la traite illégale. attestéBoyer-Rossol · Garan
Le calendrier invite à lire l’importation comme la conséquence de 1817 : on cesse de
vendre, il faut donc acheter. Les sources lues ne disent pas cela. Elles rattachent
l’importation à l’essor de l’empire merina, et il faudrait, pour établir le lien avec le
traité, des comptes qui ne sont pas ici.
Une fois arrivés, les captifs portent. Une partie des captifs est acheminée vers les marchés de l'Imerina ; dans l'île, le portage est surtout confié aux « Mozambiques », à qui leur origine étrangère laisse peu de chances de fuir pour rejoindre une communauté. attestéCampbell · Garan Le portage
était aussi exigé des sujets libres, au titre du service royal.
Sous la domination merina au XIXe siècle, l'Ankay (pays bezanozano) se trouvait sur l'axe du portage impérial des marchandises entre Antananarivo et la côte est ; ce système de portage par corvée (fanompoana) ne disparut qu'avec l'arrivée du rail et de la route coloniaux, à partir de 1895. reconstruitCampbell Ils ont laissé des descendants. Les Makoa de l'Ouest malgache descendent d'esclaves importés d'Afrique orientale (nord du Mozambique) par la traite au XIXe siècle ; leur nom dérive de celui des Makhuwa, principal groupe du Mozambique actuel, et ils se sont intégrés à l'aire sakalava. attestéBoyer-Rossol
La corvée
Le royaume merina ne fonctionne pas seulement par l’esclavage, et la question de savoir
lequel des deux régimes de travail portait l’autre n’est pas tranchée.
Le rôle de la corvée royale (fanompoana) dans l'économie merina reste débattu : l'esclavage la rendait-il possible en libérant les hommes libres de la terre, ou portait-elle elle-même l'économie impériale ? daté-débattu
Les deux positions partagent un fait qui suffit à expliquer pourquoi la question compte :
l’esclave appartient à son maître, pas à l’État, et ne doit donc pas la corvée. Chaque
esclave est un sujet de moins pour le service royal. Ce détail juridique va peser sur la
manière dont le royaume affranchit.
Affranchir
Le 20 juin 1877, la reine Ranavalona II émancipe tous les « Mozambiques » (Masombika) issus de la traite extérieure ; le code des 101 articles de 1868 avait déjà interdit d'importer des esclaves d'Afrique, et une première libération partielle avait eu lieu en 1874. attestéBoyer-Rossol · Garan · MutibwaLe décret de 1877 aurait libéré environ 150 000 personnes. reconstruitBoyer-Rossol · Mutibwa Le nombre vient
d’un rapport britannique cité de seconde main, et la mesure ne touche que les captifs venus
d’Afrique et leurs descendants : les esclaves malgaches n’en sont pas. Elle ne vaut, de
plus, que là où le pouvoir de la capitale s’exerce. La mesure de 1877 ne vaut que là où s'exerce le pouvoir d'Antananarivo : à Morondava, poste de garnison merina, des Makoa affranchis fondent des villages vers 1880, alors que dans les régions de l'Ouest qui échappent à ce pouvoir, comme celle de Maintirano, la traite se poursuit et les Makoa ne sont émancipés qu'à partir de 1896. attestéBoyer-Rossol
Garan refuse de n’y lire que la pression britannique, et son argument tient au détail de
la corvée : un esclave affranchi devient un sujet corvéable. Les décrets de 1868, 1874 et
1877 augmentent le nombre de ceux qui doivent le service royal. L’émancipation et l’intérêt
de l’État vont dans le même sens, ce qui n’en fait pas un calcul démontré, mais interdit
d’en faire un pur geste.
Reste l’esclavage malgache, que le royaume n’abolit pas. L'esclavage est aboli à Madagascar par un arrêté du résident général Hippolyte Laroche, promulgué à Tananarive le 26 septembre 1896 à l'heure où il remet ses pouvoirs au général Gallieni : « Tous les habitans de Madagascar sont des personnes libres ». attestéLebon · GaranSelon le ministre des Colonies de l'époque, l'abolition est accueillie avec enthousiasme par les affranchis de l'Imerina, mais beaucoup d'anciens maîtres retiennent leurs anciens esclaves contre de faibles salaires ; le 2 janvier 1897, Gallieni oblige chaque habitant à justifier de moyens d'existence réguliers, sous peine de prison puis de travail forcé sur les chantiers de l'État. attestéLebon Le texte qui rapporte ces mesures est celui d’un
ministre qui les défend. Il n’en reste pas moins que la même administration a écrit les
deux, à trois mois d’intervalle : que tous les habitants sont libres, et qu’ils doivent
justifier de leurs moyens d’existence sous peine de travail forcé.
Les héritages de cette histoire ne s’arrêtent pas en 1896. L’accueil en évoque
quelques-uns, sous le titre « Aujourd’hui ».
La carte, siècle par siècle
Chaque point n’apparaît que sur l’intervalle où il est documenté. Les ports du XVe siècle,
les postes de traite du XVIIIe, les côtes de l’importation au XIXe : le commerce des hommes
change de rivage sans jamais quitter l’île.
déplacer le curseur · chaque halo est un foyer d'influence, pas une frontière : on ne les connaît pas
Chronologie
Frise · dérivée des assertions datées
700 – 1000Les cultures asiatiques (riz, haricot mungo, coton asiatique) apparaissent dans les sites archéologiques malgaches entre le VIIIe et le Xe siècle.mesuré
900 – 1400Mahilaka, fondée vers le Xe siècle dans la baie d'Ampasindava, est la première ville connue de Madagascar, un port de commerce intégré aux réseaux swahili de l'océan Indien.mesuré
1100 – 1500Un statut tributaire des ports malgaches envers le sultanat de Kilwa n'est pas démontré, les liens commerciaux sont attestés, la subordination politique ne l'est pas.conjectural
1400 – 1600Les comptoirs islamisés du nord de Madagascar prospèrent au XVe siècle par leurs relations avec les Comores et la côte swahili, exportant bois, résines aromatiques, or, riz et captifs acheminés depuis l'intérieur par caravanes.attesté
1400 – 1700Après Mahilaka, un chapelet de comptoirs islamisés (Antalaotra) jalonne la côte nord-ouest (dont Langany puis la baie de Majunga) reliés aux réseaux swahili.mesuré
1654 – 1786Depuis Le Cap, la Compagnie néerlandaise des Indes orientales arme plus de cinquante expéditions de traite vers Madagascar, surtout vers la côte ouest, des années 1640 à 1786 ; selon les historiens, les esclaves importés à Cape Town se comptent entre 2 820 environ, pour trente-trois voyages connus, et 3 753.reconstruit
1670 – 1810Filliot estime à environ 160 000 le nombre d'esclaves arrivés aux Mascareignes de 1670 à 1810, dont quelque 45 % de Malgaches, 40 % d'Africains de la côte orientale, 13 % d'Indiens et 2 % d'Africains de l'Ouest.reconstruit
1685 – 1726Entre 1685 et 1726 environ, les pirates installés sur la côte nord-est se font courtiers de la traite : ils vendent des captifs malgaches aux Arabes du Boina, à des Anglais de Bristol, à des Hollandais de Batavia, à des Français de la Martinique ou à des négociants de New York.attesté
1690 – 1730L'île Sainte-Marie (Nosy Boraha), au nord-est, est le principal repaire pirate de l'océan Indien entre 1690 et 1730, comptoir d'Adam Baldridge, escale des navires revenant des Indes.mesuré
1700 – 1810Au XVIIIe siècle, les postes français de traite de la côte est glissent vers le sud : la baie d'Antongil d'abord, alimentée par la puissance sakalava, puis Foulpointe, sur l'arrière-pays sihanaka et bezanozano, enfin Tamatave, débouché des Merina ; Fort-Dauphin ne fournit jamais beaucoup d'esclaves.attesté
1769 – 1807À la fin de l'Ancien Régime, environ un millier d'esclaves par an quittent Madagascar pour les Mascareignes ; sous Decaen, on passe de 1 000 à 1 200 par an de 1802 à 1804 à plus de 2 000 en 1807, chiffre qui reste sans suite.reconstruit
1775 – 1810À partir de 1775 environ, les textes français signalent des esclaves venus de l'Imerina sur la côte est ; en 1790, l'Imerina est donnée comme la région qui fournit le plus d'esclaves aux îles, et en 1807 un agent français estime à 2 000 par an ceux que Tamatave en tire.attesté
1790 – 1810Jusque vers 1800, les captifs des Hautes Terres changent de mains deux ou trois fois, par des intermédiaires bezanozano et sihanaka, avant d'atteindre la côte ; après 1800, des marchands merina vendent eux-mêmes leurs esclaves à Tamatave.attesté
1800 – 1895À l'époque des royaumes bara, les bœufs et les esclaves constituaient les principales richesses des souverains comme des hommes libres.attesté
1800 – 1896Au XIXe siècle, Madagascar, longtemps exportatrice d'esclaves, se met à importer massivement des captifs d'Afrique orientale, que l'île désigne tous par les termes génériques de « Makoa » ou de « Masombika ».attesté
1800 – 1900Les historiens estiment à au moins 650 000 le nombre de captifs est-africains déportés à Madagascar au XIXe siècle, dont une part, peut-être trente pour cent, fut réexportée vers les autres îles de l'océan Indien occidental.reconstruit
1800 – 1900Les Makoa de l'Ouest malgache descendent d'esclaves importés d'Afrique orientale (nord du Mozambique) par la traite au XIXe siècle ; leur nom dérive de celui des Makhuwa, principal groupe du Mozambique actuel, et ils se sont intégrés à l'aire sakalava.attesté
1810 – 1817Après la conquête britannique de l'île de France en 1810, les esclaves continuent d'arriver de Madagascar en fraude ; le gouverneur Farquhar écrit en février 1811 que sans nouvelle importation d'esclaves, ces îles sont appelées à devenir des déserts.attesté
1810 – 1895Sous la domination merina au XIXe siècle, l'Ankay (pays bezanozano) se trouvait sur l'axe du portage impérial des marchandises entre Antananarivo et la côte est ; ce système de portage par corvée (fanompoana) ne disparut qu'avec l'arrivée du rail et de la route coloniaux, à partir de 1895.reconstruit
1817 – 1817Par le traité de Tamatave du 23 octobre 1817, conclu au nom du gouverneur Farquhar, Radama Ier interdit dans tous ses territoires la vente d'esclaves destinés à quitter Madagascar, contre une rétribution annuelle de 1 000 dollars en or, 1 000 dollars en argent, cent barils de poudre, cent mousquets, dix mille pierres à fusil, des uniformes, des étoffes et deux chevaux.attesté
1817 – 1895Après sa prise en 1817 par Radama Ier, Toamasina (Tamatave) devient le principal port du royaume merina, fonction qu'elle conserve comme premier port du pays ouvert sur l'océan Indien.attesté
1818 – 1820Le gouverneur intérimaire Hall ayant refusé de verser les subsides, l'accord est rompu, puis renouvelé à Antananarivo le 11 octobre 1820 par l'agent britannique Hastie, Radama exigeant que vingt jeunes sujets soient instruits, dix en Angleterre et dix à Maurice.attesté
1820 – 1838En Imerina, dans les années 1830, les sommes inférieures à une piastre se règlent en argent coupé et pesé : les piastres sont découpées et pesées avec quatre poids de fer, la moitié, le quart, le huitième et le douzième (loso, kirobo, sikajy, roavoamena), et les plus petites sommes se comptent en grains de riz, jusqu'au sept cent vingtième de piastre ; changeurs et marchands de balances tiennent leur place au marché.attesté
1820 – 1877Une partie des captifs est acheminée vers les marchés de l'Imerina ; dans l'île, le portage est surtout confié aux « Mozambiques », à qui leur origine étrangère laisse peu de chances de fuir pour rejoindre une communauté.attesté
1825 – 1895Le rôle de la corvée royale (fanompoana) dans l'économie merina reste débattu : l'esclavage la rendait-il possible en libérant les hommes libres de la terre, ou portait-elle elle-même l'économie impériale ?daté-débattu
1840 – 1900Les communautés commerçantes d'origine indienne, dites Karana (musulmanes, khoja et bohra) et Banians (hindoues), venues du Gujarat (Kutch, Surat), s'implantent à Madagascar au XIXe siècle par les ports de la côte ouest, Mahajanga en tête.attesté
1850 – 1896Les captifs venaient surtout du nord du Mozambique, pays makua et île de Moçambique, et arrivaient par la côte ouest, autour de Majunga ; dans la seconde moitié du siècle, la zone qui va de Morondava à Majunga, Maintirano compris, est un bastion de la traite illégale.attesté
1868 – 1877Le 20 juin 1877, la reine Ranavalona II émancipe tous les « Mozambiques » (Masombika) issus de la traite extérieure ; le code des 101 articles de 1868 avait déjà interdit d'importer des esclaves d'Afrique, et une première libération partielle avait eu lieu en 1874.attesté
1877 – 1877Le décret de 1877 aurait libéré environ 150 000 personnes.reconstruit
1877 – 1896La mesure de 1877 ne vaut que là où s'exerce le pouvoir d'Antananarivo : à Morondava, poste de garnison merina, des Makoa affranchis fondent des villages vers 1880, alors que dans les régions de l'Ouest qui échappent à ce pouvoir, comme celle de Maintirano, la traite se poursuit et les Makoa ne sont émancipés qu'à partir de 1896.attesté
1896 – 1896L'esclavage est aboli à Madagascar par un arrêté du résident général Hippolyte Laroche, promulgué à Tananarive le 26 septembre 1896 à l'heure où il remet ses pouvoirs au général Gallieni : « Tous les habitans de Madagascar sont des personnes libres ».attesté
1896 – 1897Selon le ministre des Colonies de l'époque, l'abolition est accueillie avec enthousiasme par les affranchis de l'Imerina, mais beaucoup d'anciens maîtres retiennent leurs anciens esclaves contre de faibles salaires ; le 2 janvier 1897, Gallieni oblige chaque habitant à justifier de moyens d'existence réguliers, sous peine de prison puis de travail forcé sur les chantiers de l'État.attesté
1914 – 1930L'interdiction coloniale du tavy (riziculture sur brûlis), à partir de 1914, priva les Tanala de leurs moyens de subsistance et provoqua des départs vers l'Ouest et le Sud de l'île.attesté
Le registre, par discipline
Chaque démarche scientifique apporte sa pièce, et son degré de certitude. La même histoire, vue par 4 familles de preuves.
archéologie 4
ce que le sol et les vestiges datent
Les cultures asiatiques (riz, haricot mungo, coton asiatique) apparaissent dans les sites archéologiques malgaches entre le VIIIe et le Xe siècle.
Restes carbonisés identifiés et datés ; c'est la première signature archéologique directe de l'expansion austronésienne vers l'ouest.
Mahilaka, fondée vers le Xe siècle dans la baie d'Ampasindava, est la première ville connue de Madagascar, un port de commerce intégré aux réseaux swahili de l'océan Indien.
Fouilles : mosquée, enceinte, céramiques importées, cristal de roche, perles, la matérialité du lien arabo-swahili.
Après Mahilaka, un chapelet de comptoirs islamisés (Antalaotra) jalonne la côte nord-ouest (dont Langany puis la baie de Majunga) reliés aux réseaux swahili.
Comptoirs attestés par l'archéologie et les premières descriptions portugaises ; des cités-États, pas des royaumes territoriaux.
L'île Sainte-Marie (Nosy Boraha), au nord-est, est le principal repaire pirate de l'océan Indien entre 1690 et 1730, comptoir d'Adam Baldridge, escale des navires revenant des Indes.
La mission Archéologie de la Piraterie (Caen) fouille depuis les années 2010 une épave coulée vers 1720-1721 et un campement de forbans dans la baie d'Ambodifotatra : plus de 3 300 artefacts remontés, sept à dix épaves estimées.
linguistique 1
ce que la langue reconstruit
Le malgache porte une strate lexicale bantoue, concentrée sur la faune, l'élevage et la vie matérielle (le zébu omby, du bantou ngombe).
Strate d'emprunts identifiée par la linguistique comparée ; elle signe le contact avec la côte est-africaine sans dater précisément ce contact.
ethnographie 3
ce que les pratiques observées et décrites livrent
Les feuilles du tapia sont le fourrage de prédilection d'un ver à soie endémique, Borocera madagascariensis, le landibe, dont les cocons sont ramassés à la main deux fois l'an, cuits, filés et tissés en lambamena, les linceuls des funérailles et des retournements de morts.
La chrysalide est retirée du cocon et mangée. Sur le site étudié, au Col des Tapia, deux ménages sur trois récoltent le landibe et une femme sur cinq file ou tisse, la vente des cocons apportant un revenu dans les mois maigres qui précèdent la moisson. Un arbre des Hautes Terres, un papillon qui n'en mange que les feuilles, et l'étoffe dans laquelle on enveloppe les morts : la chaîne tient en trois maillons.
Le lambamena, linceul de soie rouge tissé de la soie sauvage du landibe (Borocera), enveloppe les morts et les réenveloppe au famadihana : la richesse offerte aux ancêtres se mesure en soie.
Le tissage relie l'héritage austronésien (le métier, le lamba) à une matière endémique, la soie sauvage de l'île. Le linceul est l'objet central du retournement des morts.
Le riz (vary) est le cœur de l'alimentation et du paysage : la riziculture irriguée, souvent en terrasses, façonne les Hautes Terres, et « manger » se dit littéralement « manger du riz » (mihinam-bary).
Le riz asiatique, attesté par l'archéobotanique parmi les toutes premières cultures importées, est l'empreinte végétale de l'origine austronésienne devenue institution sociale totale.
histoire 32
ce que les textes et les traditions rapportent
Un statut tributaire des ports malgaches envers le sultanat de Kilwa n'est pas démontré, les liens commerciaux sont attestés, la subordination politique ne l'est pas.
L'idée vient surtout de la Chronique de Kilwa, source intéressée qui prêche pour son sultanat... Les importations swahili dans les ports malgaches prouvent l'échange, pas la vassalité.
Les comptoirs islamisés du nord de Madagascar prospèrent au XVe siècle par leurs relations avec les Comores et la côte swahili, exportant bois, résines aromatiques, or, riz et captifs acheminés depuis l'intérieur par caravanes.
Assertion tirée du résumé publié du chapitre, celui-ci étant sous accès payant : le texte n'a pas été lu. À reprendre sur le chapitre même si l'accès s'ouvre.
Depuis Le Cap, la Compagnie néerlandaise des Indes orientales arme plus de cinquante expéditions de traite vers Madagascar, surtout vers la côte ouest, des années 1640 à 1786 ; selon les historiens, les esclaves importés à Cape Town se comptent entre 2 820 environ, pour trente-trois voyages connus, et 3 753.
Les deux chiffres sont ceux d'Armstrong et de Worden, connus ici par Reidy 2020 et non lus dans leurs travaux. Filliot nomme les points d'achat : Saint-Augustin, Morondava, Bombetoka, Mahajamba.
Filliot estime à environ 160 000 le nombre d'esclaves arrivés aux Mascareignes de 1670 à 1810, dont quelque 45 % de Malgaches, 40 % d'Africains de la côte orientale, 13 % d'Indiens et 2 % d'Africains de l'Ouest.
L'auteur le dit lui-même : le chiffre « ne repose pas sur une source mais sur la totalité des renseignements recueillis et recoupés », environ un millier. C'est une estimation de 1974 ; Reidy 2020 signale que R. B. Allen a depuis porté le nombre de voyages vers les Mascareignes de 600 à 950, travail non lu ici, si bien que le total est probablement sous-estimé.
Entre 1685 et 1726 environ, les pirates installés sur la côte nord-est se font courtiers de la traite : ils vendent des captifs malgaches aux Arabes du Boina, à des Anglais de Bristol, à des Hollandais de Batavia, à des Français de la Martinique ou à des négociants de New York.
Filliot s'appuie sur la Collection des ouvrages anciens concernant Madagascar de Grandidier et sur Deschamps, Les pirates à Madagascar. Avant 1717, pirates et navires de passage n'apportent à Bourbon que quelques centaines d'esclaves en tout.
Au XVIIIe siècle, les postes français de traite de la côte est glissent vers le sud : la baie d'Antongil d'abord, alimentée par la puissance sakalava, puis Foulpointe, sur l'arrière-pays sihanaka et bezanozano, enfin Tamatave, débouché des Merina ; Fort-Dauphin ne fournit jamais beaucoup d'esclaves.
À la fin de l'Ancien Régime, environ un millier d'esclaves par an quittent Madagascar pour les Mascareignes ; sous Decaen, on passe de 1 000 à 1 200 par an de 1802 à 1804 à plus de 2 000 en 1807, chiffre qui reste sans suite.
Filliot juge « bien trop important » le chiffre de 2 000 par an avancé par J. Valette pour la fin de l'Ancien Régime. Après 1762, la côte orientale d'Afrique dépasse Madagascar comme source d'esclaves pour les îles, et le reste.
À partir de 1775 environ, les textes français signalent des esclaves venus de l'Imerina sur la côte est ; en 1790, l'Imerina est donnée comme la région qui fournit le plus d'esclaves aux îles, et en 1807 un agent français estime à 2 000 par an ceux que Tamatave en tire.
Filliot cite Dumaine (1790) : « La partie d'Hancove est celle de Madagascar qui fournit le plus d'esclaves à nos îles », et l'agent Roux à Decaen (16 octobre 1807). Mayeur écrivait dès 1777 d'Antananarivo que le commerce le plus considérable qui s'y fait est celui des esclaves.
Jusque vers 1800, les captifs des Hautes Terres changent de mains deux ou trois fois, par des intermédiaires bezanozano et sihanaka, avant d'atteindre la côte ; après 1800, des marchands merina vendent eux-mêmes leurs esclaves à Tamatave.
Filliot ajoute que la traite a renforcé les structures royales de l'Imerina et désorganisé la côte est : « La guerre alimentait la traite. La traite alimentait la guerre. »
À l'époque des royaumes bara, les bœufs et les esclaves constituaient les principales richesses des souverains comme des hommes libres.
Au XIXe siècle, Madagascar, longtemps exportatrice d'esclaves, se met à importer massivement des captifs d'Afrique orientale, que l'île désigne tous par les termes génériques de « Makoa » ou de « Masombika ».
Campbell 1981 rattache cette importation à l'essor de l'empire merina et la tient pour un phénomène propre au XIXe siècle. L'article est lu par son seul extrait public.
Les historiens estiment à au moins 650 000 le nombre de captifs est-africains déportés à Madagascar au XIXe siècle, dont une part, peut-être trente pour cent, fut réexportée vers les autres îles de l'océan Indien occidental.
Le chiffre vient de Gwyn Campbell (1997, p. 22) et n'est lu ici que tel que Boyer-Rossol le cite. C'est une reconstruction à partir de sources lacunaires, d'où le statut ; une annonce de conférence de la même historienne (Société des africanistes, 2016) parle plus prudemment de « plusieurs centaines de milliers ».
Les Makoa de l'Ouest malgache descendent d'esclaves importés d'Afrique orientale (nord du Mozambique) par la traite au XIXe siècle ; leur nom dérive de celui des Makhuwa, principal groupe du Mozambique actuel, et ils se sont intégrés à l'aire sakalava.
Après la conquête britannique de l'île de France en 1810, les esclaves continuent d'arriver de Madagascar en fraude ; le gouverneur Farquhar écrit en février 1811 que sans nouvelle importation d'esclaves, ces îles sont appelées à devenir des déserts.
Sous la domination merina au XIXe siècle, l'Ankay (pays bezanozano) se trouvait sur l'axe du portage impérial des marchandises entre Antananarivo et la côte est ; ce système de portage par corvée (fanompoana) ne disparut qu'avec l'arrivée du rail et de la route coloniaux, à partir de 1895.
La source atteste le système de portage impérial et sa fin en 1895 ; la localisation Ankay / Bezanozano relève de l'historiographie standard (confiance moyenne).
Par le traité de Tamatave du 23 octobre 1817, conclu au nom du gouverneur Farquhar, Radama Ier interdit dans tous ses territoires la vente d'esclaves destinés à quitter Madagascar, contre une rétribution annuelle de 1 000 dollars en or, 1 000 dollars en argent, cent barils de poudre, cent mousquets, dix mille pierres à fusil, des uniformes, des étoffes et deux chevaux.
Texte du traité reproduit par Ellis, missionnaire de la London Missionary Society engagé contre la traite. Farquhar y explique que Radama ne pourrait se maintenir, privé de « la grande source de son argent, de ses armes et de ses munitions, qui venait exclusivement de ce commerce ». Le chapitre de l'Histoire générale de l'Afrique écrit « 100 pierres à fusil » : le texte du traité dit dix mille.
Après sa prise en 1817 par Radama Ier, Toamasina (Tamatave) devient le principal port du royaume merina, fonction qu'elle conserve comme premier port du pays ouvert sur l'océan Indien.
Le gouverneur intérimaire Hall ayant refusé de verser les subsides, l'accord est rompu, puis renouvelé à Antananarivo le 11 octobre 1820 par l'agent britannique Hastie, Radama exigeant que vingt jeunes sujets soient instruits, dix en Angleterre et dix à Maurice.
Dans un document séparé, Radama autorise aussi les missionnaires anglais à travailler à Madagascar. Ellis rapporte la ratification le 14 octobre.
En Imerina, dans les années 1830, les sommes inférieures à une piastre se règlent en argent coupé et pesé : les piastres sont découpées et pesées avec quatre poids de fer, la moitié, le quart, le huitième et le douzième (loso, kirobo, sikajy, roavoamena), et les plus petites sommes se comptent en grains de riz, jusqu'au sept cent vingtième de piastre ; changeurs et marchands de balances tiennent leur place au marché.
Une partie des captifs est acheminée vers les marchés de l'Imerina ; dans l'île, le portage est surtout confié aux « Mozambiques », à qui leur origine étrangère laisse peu de chances de fuir pour rejoindre une communauté.
Le rôle de la corvée royale (fanompoana) dans l'économie merina reste débattu : l'esclavage la rendait-il possible en libérant les hommes libres de la terre, ou portait-elle elle-même l'économie impériale ?
daté-débattu1825 – 1895
Ce qui est établi des deux côtés : le fanompoana, à l'origine une prestation limitée due au souverain, est profondément restructuré pendant l'autarcie de 1825 à 1861, et les esclaves n'y sont pas soumis, puisqu'ils relèvent de leur maître et non de l'État. La position de Maurice Bloch n'est connue ici que par le résumé que Campbell en donne, et le livre de Campbell de 2005 par un compte rendu.
Les communautés commerçantes d'origine indienne, dites Karana (musulmanes, khoja et bohra) et Banians (hindoues), venues du Gujarat (Kutch, Surat), s'implantent à Madagascar au XIXe siècle par les ports de la côte ouest, Mahajanga en tête.
Les deux noms génériques recouvrent en réalité cinq communautés distinctes (Blanchy). Migration commerçante tardive, sans commune mesure démographique avec les vagues austronésienne et bantoue, mais durablement structurante pour le commerce de l'île.
Les captifs venaient surtout du nord du Mozambique, pays makua et île de Moçambique, et arrivaient par la côte ouest, autour de Majunga ; dans la seconde moitié du siècle, la zone qui va de Morondava à Majunga, Maintirano compris, est un bastion de la traite illégale.
Garan précise que le commerce est assuré par des traitants européens, arabes, malgaches, comoriens et indiens, basés principalement sur la côte ouest.
Le 20 juin 1877, la reine Ranavalona II émancipe tous les « Mozambiques » (Masombika) issus de la traite extérieure ; le code des 101 articles de 1868 avait déjà interdit d'importer des esclaves d'Afrique, et une première libération partielle avait eu lieu en 1874.
Le jour exact ne repose que sur Boyer-Rossol 2014 ; les deux autres sources donnent l'année. Garan refuse de lire ces décrets sous le seul angle de la pression britannique : ils augmentent aussi le nombre de sujets soumis aux corvées royales, dont les esclaves étaient exemptés.
Le décret de 1877 aurait libéré environ 150 000 personnes.
Le chapitre de l'Histoire générale de l'Afrique renvoie à un rapport du contre-amiral Gore-Jones conservé aux archives britanniques, non consulté ici.
La mesure de 1877 ne vaut que là où s'exerce le pouvoir d'Antananarivo : à Morondava, poste de garnison merina, des Makoa affranchis fondent des villages vers 1880, alors que dans les régions de l'Ouest qui échappent à ce pouvoir, comme celle de Maintirano, la traite se poursuit et les Makoa ne sont émancipés qu'à partir de 1896.
L'esclavage est aboli à Madagascar par un arrêté du résident général Hippolyte Laroche, promulgué à Tananarive le 26 septembre 1896 à l'heure où il remet ses pouvoirs au général Gallieni : « Tous les habitans de Madagascar sont des personnes libres ».
Le 1er mai 1896, Laroche avait déjà fait proclamer par Ranavalona III l'émancipation des esclaves appartenant aux insurgés. Garan rapporte les tensions avec Gallieni, qui s'efforce de rendre la proclamation la moins visible possible. La date du 27 septembre, qui circule, n'a été trouvée dans aucune source lue.
Selon le ministre des Colonies de l'époque, l'abolition est accueillie avec enthousiasme par les affranchis de l'Imerina, mais beaucoup d'anciens maîtres retiennent leurs anciens esclaves contre de faibles salaires ; le 2 janvier 1897, Gallieni oblige chaque habitant à justifier de moyens d'existence réguliers, sous peine de prison puis de travail forcé sur les chantiers de l'État.
Témoignage d'un acteur de la colonisation, qui conclut que « le travail obligatoire est une nécessité sociale » : le texte est un plaidoyer, et c'est pour cela qu'il est cité pour ce qu'il rapporte des mesures, non pour leur appréciation.
L'interdiction coloniale du tavy (riziculture sur brûlis), à partir de 1914, priva les Tanala de leurs moyens de subsistance et provoqua des départs vers l'Ouest et le Sud de l'île.
Dans l'Androy, extrême sud aride de Madagascar, un pays difficilement cultivable contraint les Antandroy à vivre surtout d'un élevage extensif d'ovins et de bovins.
Le pays mahafaly, plateau du Sud-Ouest entre l'Onilahy et la Menarandra, se prête presque exclusivement à l'élevage : le Mahafaly est avant tout un éleveur de zébus, le bœuf y constituant la richesse première.
Les Sihanaka, peuple du lac Alaotra, ont historiquement maîtrisé l'expansion agricole de cette région (l'un des principaux greniers à riz de Madagascar) par la riziculture irriguée et la pêche.